« En Australie, nous nous savons vulnérables et nous avons peur »

Le président chinois, Xi Jinping, lors d’une réception au Grand Palais du peuple, à la veille de la fête nationale chinoise, à Pékin, le 30 septembre 2021.

L’Australie a géré l’annulation du contrat de sous-marins avec la France de façon maladroite, voire brutale. Le gouvernement du premier ministre, Scott Morrison, s’est comporté comme un mari infidèle qui n’ose pas dire à sa femme qu’il la quitte jusqu’au jour où il franchit le pas de la porte avec sa valise. C’est une façon cruelle de mettre fin à une relation, et l’épouse se sent d’autant plus trahie qu’elle découvre qu’il préparait son coup depuis des mois – et qu’il la quitte pour une de ses amies proches !

La façon de rompre n’explique pas toutefois la raison de la rupture.

Depuis que le gouvernement australien a commandé à la France la construction de douze sous-marins à propulsion diesel-électrique en 2016, l’environnement stratégique et les besoins militaires de notre pays ont changé du tout au tout. Il y a deux ans encore, quiconque aurait proposé que l’Australie se dote de sous-marins américains à propulsion nucléaire se serait vu congédier sous les sarcasmes.

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Aujourd’hui, les Australiens ont conscience qu’ils ne vivent plus dans le même monde. Pékin se montre hostile et menaçant à l’égard de Canberra depuis que l’Australie a adopté, en 2017, des mesures plus strictes pour lutter contre l’ingérence et l’espionnage de la Chine. Le régime chinois a multiplié les opérations d’influence auprès des élites politiques, économiques et universitaires, mené des cyberattaques de grande ampleur et infiltré massivement la communauté chinoise locale.

Diplomatie impossible

Lorsque la ministre des affaires étrangères, Marise Payne, a demandé, en avril 2020, l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur les origines du Covid-19, les autorités chinoises, furieuses, ont riposté par une campagne de représailles économiques, en décrétant une interdiction des importations de vin, d’orge, de charbon, de cuivre, de bœuf, de bois et de langouste en provenance d’Australie (les exportateurs français en ont profité).

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Depuis plus d’un an, aucun ministre chinois n’a pris un homologue australien au téléphone. La diplomatie est impossible. Les insultes et les mises en garde menaçantes de la part des organes et des responsables du Parti communiste chinois en sont arrivées au point où l’on nous menace aujourd’hui de faire pleuvoir des missiles nucléaires sur nos têtes si nous ne capitulons pas.

Fait inédit, la Chine a spécifié, en novembre 2020, le type de relation qu’elle souhaitait avoir avec l’Australie : son ambassade à Canberra a transmis à plusieurs médias australiens une liste de quatorze conditions pour que des « relations normales » puissent reprendre. Ces conditions touchent au cœur même de la démocratie australienne et de la souveraineté du pays. Elles impliquent entre autres d’abroger nos lois sur l’ingérence étrangère, d’autoriser Huawei à participer à notre réseau de télécommunications 5G, de lever les restrictions sur les investissements chinois dans les infrastructures essentielles, de limiter la liberté de la presse et de museler les parlementaires.

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