« En automne » : Karl Ove Knausgaard toujours plus près des choses

« En automne » (Om hosten), de Karl Ove Knausgaard, traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, illustrations de Vanessa Baird, Denoël, « & d’ailleurs », 272 p., 22 €, numérique 16 €.

Prendre un écrivain au pied de la lettre ? Quelle erreur ! A la fin du dernier tome de Mon combat (2009-2011 ; Denoël, 2012-2020), la gigantesque autobiographie qui l’a rendu mondialement célèbre, Karl Ove Knausgaard laissait entendre qu’il rendait son tablier. Plus une ligne, jamais ! La star norvégienne rentrerait à Malmö, où elle jouirait de sa retraite (« Je savourerai, je savourerai vraiment l’idée que je ne suis plus écrivain »). On pouvait comprendre cela après les millions de caractères alignés pendant des années, dans ce monstre fascinant de plus de 4 000 pages qu’est Mon combat. Mais il faut croire qu’il n’est pas si facile de « ne plus être écrivain ». En 2015-2016, quelques années après l’achèvement de Mon combat, Knausgaard publiait en Norvège une nouvelle série en quatre volets intitulée « Quatuor de saisons », dont le premier tome, En automne, nous arrive aujourd’hui.

Mais s’il est vrai que Knausgaard y renoue avec l’écriture, c’est pour – s’il est possible – s’approcher encore plus de la « vraie vie ». Celle, immédiate, invisible, triviale, méprisée qui nous entoure. Ainsi l’urine, les dents, un lit, des doigts, des boutons, des poux, des sacs-poubelle ou des boîtes de conserve deviennent-ils sous sa plume de formidables objets d’étude, d’admiration ou d’étonnement. Sa femme est enceinte et – c’est le prétexte du livre – il écrit à sa fille qui n’a pas encore vu le jour. Il veut lui décrire « le monde tel qu’il est, à chaque instant ». Celui qu’elle trouvera quand elle ne sera encore, comme l’une de ses sœurs avant elle, qu’un « tout petit bébé, glissant entre les mains, aussi lisse qu’un phoque ». Il veut s’obliger à voir ce qu’elle verra. « Le caractère fantastique de ce qui nous entoure est si facile à perdre de vue. »

La force étrange de l’amour paternel

Un exemple ? Elle régurgitera, comme disent les pédiatres. Knausgaard, lui, préfère parler à sa fille du vomi. Sans fard, presque comme un peintre abstrait. Il est capable de consacrer trois pages à ce liquide jaunâtre dont « la teinte peut aller du jaune pâle au marron clair et à laquelle s’ajoutent quelques taches de différentes couleurs, telles que du rouge ou du vert ». Cette substance « parfois d’un jaune orangé presque lumineux (…), quand elle se détache sur la porcelaine blanche et brillante des toilettes (…) pourrait se révéler relativement belle (…), pourtant elle n’est pas perçue comme telle », explique-t-il. Toujours brute et sans filtre, la description peut déboucher sur une ligne comique (sur « les substances corporelles que nous engendrons tous »), une digression philosophique (sur les critères du beau) ou une confidence de père (sur la force étrange de l’amour paternel face à ce qui est « moche, dégoûtant, répugnant ou affreux »).

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