En Aveyron, l’automne en pente douce

C’est en s’attablant à la terrasse du café qui surplombe la place quadrangulaire de la collégiale, un jeudi, alors qu’au clocher viennent de retentir les huit coups, que l’on apprécie le mieux le marché de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Sur de fragiles étals surmontant deux tréteaux brinquebalants, abrités par leurs parasols multicolores, des producteurs ont disposé des fruits et légumes de saison, des fromages de chèvre ou de brebis, des pots de miel de pays.

« Le marché du jeudi fait partie de l’histoire de Villenfranche-de-Rouergue depuis sa création », explique Ludovic Lemercier, guide conférencier.

Le négoce se déploie dans les rues adjacentes, annexe la halle au gras en pierre de taille, débouche sur les larges allées encerclant le cœur de ville. Les vieux habitués sont les plus matinaux. Ils savent prendre leur temps, arpenter les travées puis revenir, humer, contempler, soupeser, arbitrer et enfin reprendre place au café, les emplettes terminées. A Villefranche, « jeudi » se dit « marché ».

La ville de Villefranche-de-Rouergue s’articule autour de la place Notre-Dame.

« Le marché du jeudi fait partie de l’histoire de la bastide depuis sa création, comme l’avaient voulu ses fondateurs », explique Ludovic Lemercier, guide conférencier. En 1252, pour désarçonner ses rivaux dans la région, le comte de Toulouse établit, sur cette étendue relativement plane, une bastide, ville construite en damier autour d’une place bordée de « couverts », ou arcades. Ses habitants sont affranchis de l’autorité des seigneurs des environs, comme de certains impôts. La « ville franche » rayonne rapidement, atteint 4 000 habitants cinquante ans après sa création, suscite les convoitises et conquiert les artistes, passe les guerres et les épidémies, et résiste à toutes les avanies de l’histoire, y compris le choix de sa rivale Rodez comme chef-lieu de l’Aveyron, en 1790.

Sillonner les rues séculaires

Le département fait partie de ceux que l’on classe instinctivement dans la liste des territoires « où il fait bon vivre ». A juste titre. Mais il est tellement vaste qu’un seul voyage ne saurait suffire. Concentrons-nous ici sur quelques joyaux du nord-ouest, une région ondulée et paisible, entre calcaire et granit, Causses et Ségala.

A Villefranche même, on aurait tort de se limiter au marché. « De plus en plus, les visiteurs arrivent dès le mercredi, afin de profiter de la ville pendant deux jours », signale Romain Boulliard, propriétaire de l’hôtel Les Fleurines, qui fait face à la chapelle des Pénitents noirs. A l’intérieur de cet édifice du XVIIe siècle, un retable en bois doré, resplendissant, recouvre toute la hauteur du bâtiment tandis que des peintures de couleurs vives garnissent la voûte, également en bois.

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