En Chine, la religion fait de la résistance

Livres. De par son ampleur et sa sensibilité, la religion en Chine est l’un des sujets les plus complexes à aborder. Deux livres parfaitement complémentaires publiés ces jours-ci relèvent, chacun à sa manière, le défi.

Dans Le Renouveau éclatant du spirituel en Chine, Claude Meyer montre que malgré la répression dont la religion est l’objet, le nombre de croyants ne cesse d’augmenter dans l’empire du Milieu. L’auteur les évalue à environ 350 millions. Une estimation reconnaît-il, à la fois parce que ce nombre intègre le confucianisme, qui n’est pas une religion à proprement parler, parce que de nombreux Chinois pratiquent un mélange de bouddhisme, de taoïsme et de religions populaires, mais aussi parce que nombre d’églises chrétiennes sont clandestines.

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Néanmoins, selon l’auteur, le renouveau religieux est évident – même les autorités en conviennent –, et la religion qui connaît la plus forte croissance est le protestantisme. « A l’horizon 2030, la Chine communiste sera probablement le premier pays chrétien au monde. »

Affaires religieuses sous contrôle du PCC

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des religions, mais aussi au sort que leur réserve la Chine de Xi Jinping, le livre de Claude Meyer est précieux. Il décrit très précisément les textes qui encadrent les pratiques religieuses et les contraintes auxquelles les croyants sont soumis. « La Constitution garantit la liberté de croyance mais non la liberté de culte et de pratique religieuse, distinction contraire au principe même d’une pleine liberté religieuse », note-t-il. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, Xi Jinping se montre plus répressif que ses prédécesseurs. De manière significative, le Bureau des affaires religieuses qui dépendait du gouvernement est passé en 2018 sous le contrôle direct du Parti communiste.

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Ancien séminariste jésuite, Claude Meyer revient sur l’accord conclu cette année-là entre le Vatican et Pékin, qui était supposé mettre un terme au conflit de légitimité sur la nomination des évêques. Selon lui, cet accord est sans doute plus avantageux pour Pékin que pour Rome car il risque d’accroître la répression sur les catholiques clandestins. « On peut se demander si certains au Vatican ne font pas preuve d’angélisme », note l’auteur qui, lui-même, a été expulsé de Chine vers Paris à l’automne 2019, alors qu’il s’apprêtait à poursuivre son enquête à Hongkong.

« Le Renouveau éclatant du spirituel en Chine », de Claude Meyer Bayard, 320 pages, 21,90 € (en librairie le 13 octobre)

Une histoire de la moitié du monde

Si Claude Meyer s’intéresse à l’islam, ce n’est manifestement pas le cœur de son propos. La répression des Ouïgours au Xinjiang n’y est d’ailleurs traitée que dans une annexe de dix pages. D’où l’intérêt du second livre, Chine et terres d’islam d’Emmanuel Lincot. Cet essai d’histoire globale est ambitieux. Son sous-titre n’est rien moins que « Un millénaire de géopolitique ». Et comme la Chine (1,4 milliard de personnes) et le monde musulman (1,8 milliard) représentent près de la moitié de l’humanité, le sociologue propose tout simplement une histoire de la moitié du monde.

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