En Chine, les restrictions d’énergie pèsent sur la croissance

Une centrale électrique alimentée au charbon près de Datong, dans la province chinoise du Shanxi (Nord), en novembre 2015.

Les entreprises européennes installées en Chine ont sonné l’alarme : les coupures de courant répétées sont d’autant plus difficiles à gérer quand l’information tombe le jour même. « De nombreuses entreprises doivent retarder des livraisons, leurs clients sont mécontents au point que certains vont peut-être annuler des commandes », a décrit Klaus Zenkel, le vice-président de la Chambre européenne de commerce chargé du sud de la Chine, mercredi 13 octobre. La crise de l’énergie qui touche la Chine depuis fin août pénalise l’économie, au point que le FMI a révisé son estimation de croissance pour le pays de 8,1 % à 8 % en 2021.

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L’approvisionnement en énergie s’est légèrement amélioré en Chine, après plusieurs journées catastrophiques fin septembre qui avaient vu des villes entières plongées dans le noir, feux de signalisation compris. Depuis, les autorités chinoises en ont fait la priorité absolue. A partir du 15 octobre, les producteurs d’électricité vont pouvoir vendre leur énergie 20 % plus cher que le tarif fixé par l’Etat et ainsi répercuter sur leurs clients une partie des coûts des matières premières, qui se sont envolés ces derniers mois. En septembre, l’inflation des prix en sortie d’usine a déjà atteint 10,7 %, son plus haut niveau en Chine depuis que cette mesure existe, en 1996.

A l’origine des coupures de courant, le manque de charbon

A l’origine des coupures de courant qui frappent la plupart des provinces chinoises, le manque de charbon. La reprise de l’économie mondiale plus rapide que prévu a entraîné une forte demande pour les produits manufacturés chinois : en septembre, les exportations ont augmenté de 28,1 % sur un an. Dans le monde entier, les prix des matières premières ont bondi. En Chine, où le charbon représente encore 57,7 % de la production d’énergie, c’est le prix de la tonne de ce minerai qui compte le plus : il a triplé depuis un an pour dépasser 1 640 yuans le 13 octobre. « Il y a eu un décalage entre la demande et l’offre. D’un côté, les prix du charbon grimpent, de l’autre ceux de l’électricité sont fixés par l’Etat. Résultat, les centrales se sont retrouvées à perdre de l’argent, explique Yan Qin, analyste principale pour la firme de recherche Refinitiv. Elles ont hésité à refaire leurs stocks de charbon, et ont même baissé volontairement leur production d’énergie, plutôt que de produire à perte. »

Fin septembre, la NDRC, la commission qui est chargée de la planification de l’économie, a appelé les mines de charbon à renforcer la production. Mais cette semaine, le Shanxi, la deuxième province productrice du pays, a dû fermer 60 mines à la suite de fortes inondations… Plusieurs d’entre elles n’ont pas encore rouvert. En prévision de la saison froide, qui commence en ce moment dans le nord de la Chine, les autorités ont aussi invité les centrales à « tout faire » pour assurer leur stock de charbon.

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