En Chine, les riches sont-ils devenus trop riches ?

Zhong Shanshan, le fondateur de Nongfu Spring, à Pékin, en 2013.

Paradoxe, au début de cette année 2021 marquée par le centenaire du Parti communiste, la presse officielle s’était félicitée du nombre record de milliardaires que la Chine avait générés : 992 (910 en Chine continentale et 82 à Hongkong), selon les calculs de l’organisme Hurun situé à Shanghaï, qui, le 2 mars, a publié le classement des principales fortunes mondiales. Soit 250 de plus qu’en 2020 et bien plus que les deux pays suivants réunis : les Etats-Unis (696) et l’Inde (177).

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Si Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, ancien professeur d’anglais, est le plus célèbre, il n’est pas le plus riche. Avec une fortune estimée à 56 milliards de dollars (47,5 milliards d’euros), il serait dépassé par Zhong Shanshan, le fondateur de Nongfu Spring, le roi de l’eau minérale en Chine (85 milliards de dollars, soit presque autant que l’Américain Warren Buffet), mais aussi par Pony Ma, patron de Tencent (74 milliards), et Huang Zheng, fondateur de Pinduoduo (69 milliards), deux autres géants de la tech.

Reprise en main par les autorités

Pour la première fois depuis l’existence de ce classement, aucun roi de l’immobilier ne figure plus dans le Top 10 des plus riches Chinois, désormais dominé par les valeurs technologiques. L’épidémie de Covid-19 et le confinement qui en a résulté ont fait bien des heureux. La fortune de Wang Xing, le fondateur de Meituan, roi de la livraison à domicile, a quadruplé pour atteindre 34 milliards de dollars. Meituan génère d’ailleurs quatorze milliardaires, davantage qu’aucune autre entreprise dans le monde, selon Hurun.

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En d’autres temps, le pouvoir se serait félicité de ces réussites, mais la fin de l’année 2020 aura, au contraire, marqué le coup d’envoi d’une reprise en main de ces fleurons économiques par les autorités. Les géants du commerce en ligne sont désormais accusés d’abus de position dominante, les sociétés de livraison à domicile d’exploiter des dizaines de millions de livreurs et les entreprises spécialisées dans l’enseignement privé d’accroître les inégalités sociales et de se substituer à l’enseignement public. Autant de critiques annonciatrices de la campagne en faveur de la « prospérité commune » que vient de lancer Xi Jinping.