En Europe centrale, « l’inflation va durement pénaliser les ménages plus pauvres »

Beata Javorcik (à droite), à Vienne (Autriche), en 2016.

Jeudi 4 novembre, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a revu à la hausse la prévision de croissance 2021 (5,5 %, contre 4,2 % attendus en juin) pour les 30 pays où elle intervient, des Etats baltes à l’Asie centrale. Beata Javorcik, chef économiste de cette institution née en 1991 pour soutenir la transition économique de l’espace post-soviétique, souligne néanmoins que le regain de l’inflation et du Covid-19 menace la reprise.

Alors que le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance en octobre, vous révisez les vôtres à la hausse. Pourquoi cet optimisme ?

Le FMI est un peu plus pessimiste pour les grandes économies avancées. Nous sommes plus positifs pour les pays que nous suivons, car la mobilité des personnes y a rebondi plus vite que prévu : elle a retrouvé son niveau prépandémie en mai, contre septembre pour l’ensemble du monde. Or, la mobilité est déterminante pour l’activité économique : lorsqu’elle baisse de 10 %, le PIB recule de 2 %. Ces pays, relativement dépendants de l’industrie, ont également profité de la demande d’export, restée soutenue. Certains ont en outre un niveau de vaccinations raisonnable, comme la Turquie, où les deux tiers de la population ont reçu une première dose.

Les contaminations flambent malgré tout de nouveau dans de nombreux pays. Cela pourrait-il faire dérailler la reprise ?

C’est l’une des sources d’inquiétude et des raisons pour laquelle nous qualifions cette reprise de « douce-amère ». Dans la région, le nombre de décès liés au Covid-19 par million d’habitants est déjà quatre fois plus élevé que la moyenne mondiale. C’est en particulier le cas en Bulgarie, au Monténégro ou en Roumanie avec le faible pourcentage de personnes vaccinées. Mais ce n’est pas un problème d’accessibilité des vaccins. Le message des gouvernements, qui cherchent à ne pas s’aliéner la partie sceptique de l’électorat, manque de clarté. En outre, les incitations à se faire vacciner, comme l’obligation d’avoir un passe sanitaire pour travailler en vigueur en Italie, sont faibles.

Quels seront les pays les plus fragilisés par la résurgence de l’inflation ?

C’est l’autre nuage qui pèse sur la reprise. La part des dépenses incompressibles liées au chauffage et à l’énergie représente par exemple 25 % des dépenses des ménages en Roumanie et 22 % en Hongrie, contre 7 % en Allemagne. L’inflation va durement pénaliser les 10 % des ménages les plus pauvres d’Europe de l’Est et d’Asie centrale : pour eux, la part de ces dépenses énergétiques est de 28 % en moyenne, contre 19 % en Italie ou en Allemagne. La pression pour que les gouvernements prennent des mesures en faveur de ces ménages va donc augmenter. Par ailleurs, dans beaucoup de ces pays, les salaires progressent et les retraites sont indexées sur l’indice des prix, ce qui alimentera les pressions inflationnistes.

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