En Europe, les salaires en hausse limitée

Malgré une inflation qui progresse rapidement, les salaires ne s’envolent pas pour l’instant à travers l’Europe. A l’exception de quelques secteurs en sérieuse pénurie de main-d’œuvre, et peut-être du Royaume-Uni, tout indique que, si l’emploi se rapproche de son niveau d’avant la pandémie de Covid-19, la rémunération ne suit guère.

Partout à travers le continent, les employeurs se plaignent pourtant de ne pas réussir à recruter. Dans l’hôtellerie, le transport de marchandises ou encore l’industrie, la main-d’œuvre manque. Les restaurateurs parlent de cuisiniers qui coûtent de plus en plus cher ou de serveurs qui partent du jour au lendemain chez la concurrence.

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Si ces tensions sont réelles, elles demeurent sectorielles et ne se confirment pas à l’échelle macroéconomique. Les données sur les négociations salariales, compilées par la Banque centrale européenne (BCE), font état d’une hausse moyenne des rémunérations en zone euro de 1,73 % au deuxième trimestre, bien inférieure à l’inflation, qui atteint 3 %. C’est certes plus que l’augmentation de 1,38 % enregistrée le trimestre précédent, mais c’est moins que les niveaux connus avant la pandémie, qui dépassaient 2 % depuis 2018.

« Niveau élevé de chômage »

Même constat en Allemagne, où les salaires ont progressé de 1,9 % au deuxième trimestre. En France, l’Institut national de la statistique et des études économiques indique ne pas voir pour l’instant « d’effets de second tour », c’est-à-dire un emballement inflation-salaire. Jeudi 9 septembre, Christine Lagarde, la présidente de la BCE, faisait le même constat : « Sur le front des salaires, on ne voit pas beaucoup de hausse, même si on surveillera de près les négociations salariales, dont beaucoup ont traditionnellement lieu à l’automne. »

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Ce diagnostic est partagé par la grande majorité des économistes. « On s’attend à un rebond [des salaires] mais cela va rester limité, étant donné le niveau élevé de chômage », souligne Katharina Koenz, dans une note pour le cabinet Oxford Economics. L’emploi n’a en effet pas retrouvé son niveau d’avant la pandémie, avec encore deux millions de travailleurs en moins à travers la zone euro.

La seule exception notable semble être le Royaume-Uni. Au deuxième trimestre, les salaires ont progressé entre 3,5 % et 4,9 % par rapport à 2020, selon les estimations du Bureau de la statistique nationale. De quoi plus que compenser l’inflation, qui n’atteignait que 2 % en juillet (mais doit monter à 4 % dans les mois qui viennent, selon la Banque d’Angleterre). Le Royaume-Uni avait un marché de l’emploi déjà très tendu avant la pandémie, avec peu de chômage.

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