En Hongrie, les clôtures de l’absurde

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Publié aujourd’hui à 17h00

Cette frontière a été photographiée sous tous les angles à l’été 2015. En pleine crise des migrants, le premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orbán, décide de construire une clôture de 4 mètres de haut tout le long de la frontière qui sépare son pays de la Serbie voisine, d’où affluent alors par dizaines de milliers les réfugiés venus de Syrie ou d’Afghanistan, après avoir traversé la Grèce et les Balkans.

Alors que l’­Allemagne ouvre grand ses portes, cette clôture devient le symbole du refus de l’immigration que ce petit pays d’Europe centrale et son leader se font fort d’incarner, devenant brusquement les hérauts de toutes les extrêmes droites du Vieux Continent. Les images des centaines de migrants se heurtant à cette clôture et aux forces de police hongroises font le tour du monde, avant que les flux finissent par se tarir.

L’absence d’« ennemis »

Quatre ans plus tard, en 2019, Rafal Milach est retourné arpenter ces dizaines de kilomètres de clôtures, qui s’étendent désormais jusqu’à la Croatie. Pour ce photographe polonais, qui s’est spécialisé depuis dix ans dans l’observation « des mécanismes de propagande des démocraties contemporaines corrompues et des régimes autoritaires », cette clôture incarne les dérives de Viktor Orbán qui, depuis 2010, a progressivement tourné le dos à l’Etat de droit européen.

« L’architecture des frontières est la chose la plus évidente à documenter de ces gouvernements qui essayent de suivre une idéologie nationaliste en provoquant la peur des migrants », explique le photographe qui, lui aussi, est bien placé pour connaître les dérives du pouvoir polonais, allié de la Hongrie.

A Gara, la frontière entre Hongrie et Serbie.

En documentant le dispositif de surveillance hongrois dans tous ses détails, éclairés d’un flash, Rafal Milach accentue l’absurde d’une clôture, qui barre désormais la plaine du Danube, contre un « ennemi » de moins en moins visible, les itinéraires des migrants s’étant progressivement détournés vers d’autres pays. « J’ai passé deux semaines le long de cette frontière et je n’ai pas vu une seule personne, à part des gardes-frontières et des villageois », raconte Rafal Milach. Par endroits, la clôture se transforme en simples rouleaux de barbelés désormais mangés par la végétation.

Son observation s’est complétée d’une visite dans un salon où la Hongrie vantait tous ses équipements destinés à surveiller la frontière. « Il y avait des mises en scène de pacification d’émeutes dans des camps de réfugiés », se souvient le photographe. Sous son objectif, les policiers et les militaires hongrois se retrouvent à jouer une guerre de pacotille.

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