En images : la collection Pinault se décline en noir et blanc à Rennes

Peinture, sculpture, dessin, photographie et vidéo. Intitulée « Au-delà de la couleur. Le noir et le blanc dans la collection Pinault », cette exposition présentée au Couvent des jacobins, à Rennes, jusqu’au 29 août, réunit 107 œuvres, conçues et réalisées par 57 artistes. Une réflexion sur la symbolique du noir et blanc dans l’art, et une étude ciblée sur « la passion des créateurs pour les recherches plastiques les plus radicales et les plus minimales ». Le directeur général de Pinault Collection, et le commissaire de cette exposition, Jean-Jacques Aillagon, commente une sélection d’œuvres.

Vue de l’exposition : salle « Le sentiment des couleurs » - de gauche à droite : Jeff Koons, « Bourgeois Bust-Jeff and Ilona », 1991 ;  Damien Hirst, « Death’s Head », 2011.

« Ces deux œuvres exploitent du blanc et du noir la traditionnelle symbolique dans notre culture. Au blanc, les joies de la félicité et de l’amour. Au noir, l’expression du renoncement, de la vanité et de la mort. L’histoire de la puissance symbolique des couleurs est passionnante. De grands historiens comme Michel Pastoureau s’y consacrent. »

Vue de l’exposition : salle « Tristesse blanche » - Franz West, « Lemurenköpfe », 1992.

« Le blanc sait aussi, de façon puissante, être la couleur de la mort et de l’absence. Il est la couleur de ces inquiétantes têtes de lémures de Franz West dont le titre évoque l’interstice entre la vie et le trépas et de redoutables histoires de revenants. L’artiste autrichien enracine ainsi son œuvre dans le vaste courant de sensibilité des expressionnismes. »

Vue de l’exposition : salle « Less is more » - de gauche à droite : Fabio Mauri, « Schermo », 1970 - Niele Toroni, « Empreintes de pinceau n° 50 à intervalles de 30 cm », 1976 - Michel Parmentier, « 13 janvier 1984 », 1984 - Olivier Mosset, « Untitled », 1967-1968 ; « Untitled », 1970 ; « Untitled », 1970 - Nobuo Sekine, « Phase of Nothingnes » – « Cloth and stone », 1970-1994 - Mario Merz, « Impermeabile », 1966 - Dan Flavin, « Monument for V Tatlin », 1964.

« Les minimalismes ont expulsé de l’œuvre la subjectivité, la prétention narrative, l’emphase, l’anecdote et le bavardage. Le renoncement à la couleur marque souvent le paroxysme de l’ambition de faire plus avec moins, d’atteindre le « Less is more », ce grand projet du Bauhaus allemand. Cette radicalité est l’un des moments de grâce de l’art du XXe siècle. »

Annie Leibovitz, « Akke Alma », Las Vegas, Nevada, 1995.

« Annie Leibovitz, en confrontant les portraits en couleur de danseuses de revue avec leur image en noir et blanc, met en évidence la distance qui sépare la représentation sociale de ces femmes de leur vie privée… »

Annie Leibovitz, «  Akke Alma, Stardust Casino », Las Vegas, Nevada, 1995.

« … La couleur reconduit l’artifice. Le noir et blanc explore l’intimité. C’est la couleur de la vérité. »

Vue de l’exposition : salle « Plus vrai que vrai » - de gauche à droite : Bertrand Lavier, « Gabriel Gaveau », 1981 - Giulio Paolini, « Mimesi », 1975-1976.

« Bertrand Lavier intrigue le regard du spectateur en réduisant l’espace entre un piano et sa représentation, sa peinture. L’image n’est plus extérieure à l’objet représenté. Elle y adhère. De la même façon, ce n’est plus qu’un hiatus qui sépare les deux moulages en plâtre blanc de la même Vénus antique dont l’intriguant dialogue forme la Mimesi de Giulio Paolini. »

Zanele Muholi, « Mfana Philadelphia », 2019.

« Salut à toi, lionne noire, tel est le titre du livre que Delpire vient de consacrer à Zanele Muholi. Dans son autoportrait, véritable icône des temps modernes, l’artiste africaine proclame toutes ses fiertés, sa fierté d’être noire, sa fierté d’être femme, sa fierté de revendiquer sa sexualité, sa gay pride. L’œuvre est un manifeste, c’est une œuvre engagée. »

Vue de l’exposition, salle « Au-delà du noir et du blanc » -  Paul McCarthy, Bear and Rabbit on a Rock, 1992.

« McCarthy est un artiste insolent et souvent polémique. Dans cette œuvre, l’artiste évoque l’improbable et joyeux accouplement d’un ours noir et d’un lapin blanc, en peluche tous les deux. Comme dans les fables, la mise en scène de ces animaux invite à une morale. C’est un pied de nez aux préjugés et aux convenances. C’est une invitation à la réconciliation ludique du noir et du blanc. »

Vue de l’exposition,  en extérieur : Adel Abdessemed, « Coup de tête », 2012.

« Comme souvent, Adel Abdessemed s’attache à représenter le moment impalpable d’un drame. Ici, c’est celui du choc brutal, lors de la Coupe du monde de 2006, entre Zinedine Zidane et Marco Materazzi. L’instant est-il d’ailleurs celui où le footballeur français relève sa tête ou celui où elle va s’abattre sur le torse de l’Italien qui déjà hurle ? A chacun d’en décider. »

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