En Inde, les ravages d’une épidémie d’escroqueries

Manifestation à Calcutta, le 5 juillet 2021, pour dénoncer les faux centres de vaccination.

Alors que le géant d’Asie du Sud est au bord du gouffre – sa campagne de ­vaccination contre le Covid-19 ne décolle pas, du fait de l’impéritie du gouvernement Modi (en six mois, moins de 5 % des gens ont reçu leurs deux doses) –, des petits rigolos se sont dit qu’il y avait de l’argent à se faire en proposant à la population des vaccins bidon. Jusqu’au 21 juin, il fallait payer, dans les ­cliniques mais aussi dans les hôpitaux publics, pour se faire injecter le véritable sérum d’AstraZeneca, fabriqué sur place (Covishield), ou celui de la firme Bharat Biotech, made in India (Covaxin).

Au cours de ces derniers mois, de faux centres de vaccination ont donc fleuri dans le sous-continent. A Calcutta, Debanjan Deb, 28 ans, a monté une opération diabolique : il a installé de faux infirmiers au City College ainsi que dans le quartier de Kasba, et s’est mis à proposer aux passants et à des personnes handicapées des injections de sérum physiologique, de l’eau salée ­présentée dans des flacons portant de fausses étiquettes Covishield ou Covaxin.

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Une célébrité tombée dans le panneau

Les victimes n’y ont d’abord vu que du feu. Le jeune homme, dont on apprendra, après son arrestation, fin juin, qu’il s’était déjà fait passer pour un acteur, un travailleur social, un chef d’entreprise et même un policier, a pensé à tout : en bernant l’administration, il a réussi à obtenir des lettres d’accréditation dûment estampillées par le ministère de la santé, grâce auxquelles il a pu reproduire les tampons ­officiels sur de faux diplômes ­affichés sur les murs des faux centres de vaccination.

Environ 500 habitants de la capitale du Bengale-Occidental se seraient fait duper, dont Mimi Chakraborty, une célébrité locale à la fois actrice et députée du parti au pouvoir dans la région, le Trinamool Congress. Elle est tombée sévèrement malade après avoir été prétendument vaccinée. Cela aurait dû mettre la puce à l’oreille des autorités, mais ce sont des patients lambda s’étonnant, après leur injection, de ne recevoir aucun certificat de vaccination affichant, comme il se doit, le portrait officiel du premier ministre, Narendra Modi, qui ont permis, avec l’aide de la police, de découvrir la supercherie.

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« L’existence d’un marché parallèle n’est peut-être pas un risque majeur en soi, et les forces de l’ordre sont à présent en alerte pour ­attraper les escrocs. Toutefois, cette affaire remet en question le bien-fondé de l’existence d’un marché privé pour les vaccins payants », a pointé le journal économique Mint dans son éditorial du 28 juin. Depuis début mai, en effet, le gouvernement Modi laisse 25 % des vaccins anti-Covid-19 à disposition des cliniques, des cabinets médicaux, des pharmacies et des laboratoires d’analyses qui souhaiteraient contribuer à la vaccination titanesque du pays.

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