En marche, en place, en guerre : « La marque Macron » vue par Raphaël Llorca

Livre. La fulgurante ascension d’Emmanuel Macron, élu président de la République à moins de 40 ans, a été racontée sous toutes ses coutures ou presque. Mais Raphaël Llorca, âgé de 26 ans, a trouvé un éclairage inédit. Il a choisi d’analyser le succès du jeune chef de l’Etat sous l’angle de la « marque politique » et démontre que la marque Macron s’est révélée très efficace pour la conquête du pouvoir. Mais, en ce qui concerne son exercice au quotidien, voire sa perpétuation, le chemin est semé d’embûches.

Le doctorant en philosophie du langage analyse le pouvoir sous l’aspect symbolique et prend comme référence Machiavel (1469-1527), qui écrivait : « Gouverner, c’est faire croire. » Il rappelle que la marque se différencie du marketing, car elle repose sur un système de valeurs mis en récit et traduit en symboles. Il part à la recherche des valeurs du macronisme et distingue le mouvement (En marche !) et la transgression. Ainsi, Macron cherche en permanence à embrasser des valeurs contradictoires : révolution/conservation, ancien/moderne, etc.

Penser une troisième voie

Une seule valeur dispose de cette plasticité : le neutre, neuter en latin, qui signifie « ni l’un, ni l’autre ». Selon Roland Barthes (1915-1980), le neutre « a trait à la levée du conflit, à son esquive, à sa suspension ». Chez Macron, il n’est pas une synthèse, précise le chercheur, « mais une forme de subversion et de ruse ». Pour incarner cette image du neutre, le fondateur d’En marche a choisi la figure de l’entrepreneur politique qui bâtit « la start-up nation ». De fait, Macron est celui qui refuse de s’adapter aux données d’un système et qui, grâce à la disruption, cherche à s’affranchir des alternatives proposées pour penser une troisième voie inédite. Par exemple ni une voiture individuelle ni un taxi : un Uber.

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Mais cette dynamique d’Emmanuel Macron, qui a eu l’intuition de vouloir porter les espoirs d’un nouveau monde politique et symbolique, s’est vite heurtée à la dureté du réel. C’est, en quelque sorte, le passage du « en marche » au « en place ». Après un an passé à gouverner, la marque Macron s’est déréglée et a tout simplement muté. Or, l’une des formes de la dégénérescence du « neutre », c’est la neutralisation. Raphaël Llorca fait une comparaison drôle et éclairante entre le chef de l’Etat et Raminagrobis, le chat de la fable de Jean de La Fontaine, qui finit par croquer la belette (la droite) et le petit lapin (la gauche).

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