En Ouzbékistan, les groupes français parient sur l’ouverture économique du pays

Le président ouzbek réélu, Chavkat Mirziyoyev, s’adresse à ses partisans après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, à Tachkent, en Ouzbékistan, le 25 octobre 2021.

Tout juste réélu, le 24 octobre, pour un second mandat de cinq ans, le président ouzbek, Chavkat Mirziyoyev, tente une manœuvre délicate de diversification entre la Russie, qui veut l’attirer dans son Union économique eurasiatique, et l’hyperpuissance chinoise. Se développant en quasi-autarcie jusqu’en 2016, le pays de 35 millions d’habitants a soif de nouvelles technologies et d’infrastructures modernes. L’appel d’air a vite été perçu par les français Suez et Veolia.

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Le premier a déjà signé deux contrats de cogestion du réseau d’eau et d’assainissement, d’abord en 2019 avec Samarcande, la deuxième ville du pays, puis en 2020 avec la capitale, Tachkent, pour un montant de 142 millions d’euros. Peu avant l’élection présidentielle, Veolia a décroché, le 29 septembre, un contrat pour l’exploitation et la maintenance du réseau de chauffage urbain de Tachkent pour une durée de trente ans et un chiffre d’affaires de 13,4 milliards d’euros. Trouver un terrain d’entente entre la culture commerciale française et celle, encore très soviétique, des hauts fonctionnaires ouzbeks fut ardu.

« C’est une entreprise sociale, donc politiquement sensible puisqu’il s’agit de fournir le chauffage et l’eau chaude à une population, dans une ville au climat hivernal rude. La mairie voulait se débarrasser d’une patate chaude en la sous-traitant, confie au Monde une source proche des négociations. Je ne suis pas certain que le maire ait bien compris le principe du contrat, mais ce qui rassure, c’est l’appui du ministère des finances ouzbek. » Veolia va équiper tous les logements de compteurs individuels et dispose de dix ans pour dissocier les circuits d’eau chaude de celui du chauffage, dont la conception soviétique provoque une énorme déperdition d’énergie.

Presque une seule marque de voiture

L’attribution du marché public à Veolia a suscité des interrogations dans la communauté d’affaires, dont certains membres nous ont confié leur surprise de ne pas avoir vu passer d’appel d’offres. « La procédure s’appelle “swiss challenge” [défi suisse] dans le jargon des affaires, poursuit la source du Monde. L’initiative vient de Veolia, qui a démarché [en 2018] la mairie de Tachkent, laquelle a ensuite lancé un appel d’offres auquel personne n’a répondu dans les délais, hormis une société sud-coréenne, dont la proposition ne cadrait pas avec le cahier des charges»

Pour l’économiste Akhmed Rahmanov, « ce contrat constitue un test pour le climat d’investissement ouzbek, car il s’agit pour ce pays du premier partenariat public-privé. Tout le monde va observer si ça se passe bien ». Ce n’est pas gagné, car le fléau ouzbek est la captation des actifs économiques par un petit groupe d’individus proches du pouvoir.

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