En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le grand saut dans l’inconnu de la concurrence ferroviaire

Un train de la ligne TER Marseille-Toulon-Nice, à la gare Saint-Charles de Marseille, en avril 2018.

Ils sont tout sourire sur le podium. Les PDG de SNCF Voyageurs (Christophe Fanichet) et de Transdev (Thierry Mallet) enlacent le président Les Républicains (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Renaud Muselier, content de son « coup ». Ce dernier a franchi le Rubicon ferroviaire. Il vient de présenter, ce mardi 2 novembre, la nouvelle offre des TER PACA ouverts à la concurrence en 2025, transférant pour la première fois une ligne régionale – Marseille-Nice – à un opérateur alternatif à la SNCF, en l’occurrence le français Transdev, filiale de droit privé de la Caisse des dépôts.

Le processus d’attribution, qui a duré trois bonnes années, est donc terminé… Et c’est maintenant que les problèmes commencent. Car il va falloir passer en quarante-huit mois de l’ouverture à la concurrence en théorie à sa réalité. Un saut dans l’inconnu. Pour M. Muselier, pas de doute, il fallait en passer par là pour faire franchir un palier qualitatif à cette ligne de 7 000 voyageurs quotidiens. « Nous avons hérité en 2016 du pire réseau TER de France », rappelle le patron de PACA. En réaction, la région a entamé en 2018 un processus de mise sur le marché de 33 % de son trafic TER en deux lots ; elle en attend « une baisse de 40 % des retards ».

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Mobilité : « La France doit investir massivement et stratégiquement dans les trains du quotidien »

Le premier lot, la fameuse ligne Marseille-Nice (10 % du trafic régional), a donc été emporté par Transdev ; et le second, un réseau en étoile autour de Nice (23 % du trafic et 15 000 voyageurs par jour), vers Les Arcs, Cannes, Grasse à l’ouest, Tende et Vintimille à l’est, est resté à la SNCF. L’ambition est grande pour ces lignes. Sur Marseille-Nice, l’offre va être doublée (7 à 14 allers-retours) et 16 rames neuves vont être achetées. Et autour de Nice, elle augmente de 75 % et 39 trains seront rénovés.

Un défi opérationnel

Le défi est de taille. Il est opérationnel pour commencer. D’autant que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur va essuyer les plâtres de l’ouverture du marché ferroviaire régional. Renaud Muselier n’y voit pas forcément un handicap. Au contraire. « Je crois que c’est un énorme avantage d’être le premier. Notre expérience a valeur de test. Et tous les acteurs ont intérêt à réussir. »

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Régionales 2021 : l’enjeu des transports brouillé par les promesses sur la sécurité et la gratuité

Chez les syndicats de cheminots, la tonalité est tout autre. « C’est un choix politique qui n’a rien de rationnel, regrette Erik Meyer, secrétaire national de SUD Rail. Sur Marseille-Nice, Transdev ne fera pas beaucoup mieux que la SNCF, car ce sont surtout des éléments extérieurs malaises voyageurs, incivilités, personnes sur les voies qui provoquent des retards. » De fait, la ligne est un canyon ferroviaire, coincée entre zone urbaine dense et montagne, où passent toutes les circulations de trains de la région, complexe à entretenir à cause du relief et soumise à des conditions climatiques parfois rudes (chaleur, inondations).

Il vous reste 56.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.