En Suède, la conversion d’un demandeur d’asile jugée douteuse

Mustafa (qui ne souhaite pas être reconnu), avec sa famille d’accueil, les Hjelmqvist, à Jönköping, le 21 mai.

Comment prouver la sincérité de sa foi lorsqu’elle est mise en doute ? Mustafa a quitté Kaboul en 2015. Issu d’une famille très religieuse ayant des liens avec des fondamentalistes, il était menacé par ses proches pour avoir pris ses distances avec l’islam et rejeter un « dieu vengeur, qui punit plutôt que pardonne ». Arrivé en Suède le 23 octobre 2015, il a été placé dans un centre de demandeurs d’asile, où des bénévoles de l’Eglise donnaient des cours de langue.

Un jour, on lui a offert une bible. Mustafa a rejoint un groupe de prière, puis s’est inscrit au catéchisme. Le 12 décembre 2018, il a été baptisé dans l’église pentecôtiste de Vrigstad, un village de la province de Småland, au sud de la Suède. Deux semaines plus tôt, sa première demande d’asile avait été rejetée en appel. Il en a déposé une autre, cette fois en mettant en avant sa conversion qui équivaut à un arrêt de mort, s’il était renvoyé en Afghanistan.

« Si la foi de Mustafa n’est pas authentique, alors on peut dire la même chose pour moi. » David Hjelmqvist, pasteur

Dans un e-mail envoyé au pasteur David Hjelmqvist, le « grand frère et père d’appoint » de Mustafa, l’Office national suédois des migrations (Migrationsverket) reconnaît qu’« un converti s’expose à un risque réel et perceptible d’être soumis à la peine de mort et à des persécutions » en Afghanistan. Mais, pour ne pas être renvoyé dans son pays d’origine, encore faut-il que sa conversion soit « jugée authentique ». Selon le tribunal administratif de l’immigration, qui a confirmé en appel, le 19 mai, la décision des agents de l’immigration, celle de Mustafa ne l’est pas. Son argument ? Il s’est fait baptiser deux semaines seulement après le rejet de sa première demande d’asile.

« Depuis le début, Migrationsverket n’a jamais cru une seule de mes paroles », souffle Mustafa. Même son âge a été modifié : alors qu’il disait avoir 16 ans et demi, les agents de l’immigration ont inscrit le jour de son arrivée comme celui de ses 18 ans. Quand il a réussi à faire venir sa tazkira (carte d’identité afghane), quelques mois plus tard, Migrationsverket a refusé de faire la correction, arguant qu’elle avait sans doute été trafiquée.

Son histoire est loin d’être unique

A Jönköping, David Hjelmqvist ne décolère pas : « Si la foi de Mustafa n’est pas authentique, alors on peut dire la même chose pour moi. » Il dénonce un « désastre juridique ». Plusieurs pasteurs ont témoigné en faveur du jeune Afghan. Dans son attestation, le prêtre qui l’a baptisé assure que « prétendre et jouer le chrétien ne tient pas sur le long terme, on s’en rend compte ». Fort de ses « cinquante ans d’expérience », il soutient que Musfata est un « chrétien authentique à 100 % ». Une opinion partagée par un des trois jurés chargés d’examiner son pourvoi en appel et qui a voté contre son renvoi, jugeant que Migrationsverket se perdait « en technicité et sémantique » quand le récit de Mustafa était « clair et cohérent ».

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