En Turquie, l’afflux de réfugiés crispe l’opinion

Pour avoir reçu chez elle des journalistes étrangers, Farideh, une jeune Afghane installée en Turquie depuis plusieurs années, a été congédiée par sa propriétaire turque, juste après la visite des indésirables, aperçus par cette dernière dans la cour de l’immeuble au moment où ils prenaient congé.

La mère de famille, qui a un mois pour se trouver un nouveau logement, ne cesse de se demander pourquoi elle a été chassée. Faut-il y voir une ruse de la propriétaire avide d’obtenir une augmentation du loyer ? A moins qu’il ne s’agisse de sa part d’une manifestation ordinaire de xénophobie ? « A travers les actualités et les réseaux sociaux, la population turque voit que des milliers d’Afghans sont passés en Turquie ces derniers mois pour fuir l’offensive des talibans. Les gens sont inquiets », explique la jeune femme.

Syrie, Afghanistan, Iran, Irak…

La Turquie est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde : 3,7 millions de Syriens ayant fui la guerre y sont hébergés, s’ajoutant aux centaines de milliers de réfugiés venus d’Afghanistan, d’Iran, d’Irak et d’ailleurs.

La question migratoire est devenue brûlante, une vraie bombe à retardement pour le gouvernement, surtout depuis que le pays se retrouve confronté à la perspective de l’arrivée d’une nouvelle vague de réfugiés venus d’Afghanistan, via l’Iran. La prise de pouvoir des talibans et le départ contraint des troupes turques de l’aéroport de Kaboul ont renforcé les craintes des autorités.

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Parvenue au maximum de sa capacité d’accueil, la Turquie « ne pourra pas supporter un fardeau migratoire supplémentaire », a expliqué récemment le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à la chancelière allemande Angela Merkel. C’est aussi pour régler la question des réfugiés afghans, estimés par le ministère de l’intérieur à environ 300 000 sur le sol turc, dont 129 323 seulement sont légaux, que M. Erdogan s’est dit prêt à engager le dialogue avec les talibans.

Un mur de béton sur plus de 100 kilomètres

Ankara cherche par tous les moyens à endiguer le flux. En construction depuis 2017, un mur de béton a vu le jour sur plus de 100 kilomètres le long de la frontière avec l’Iran. Il est prévu de le prolonger et de le renforcer par des tours de guet, des caméras à infrarouge, des tranchées. Récemment, les contrôles se sont multipliés le long de la frontière et sur les routes. Des représentants des forces spéciales ont été envoyés en renfort pour traquer les passeurs et les migrants clandestins.

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