En ville, mieux allier vieillissement et lutte contre le réchauffement

A Kawachinagano, à 25 km au sud-est d’Osaka, le passage du magasin ambulant géré par le supermarché avec le soutien de la mairie donne à plusieurs retraités l’occasion de converser avec des plus jeunes.

Tribune. Les collectivités locales font face à l’urgence écologique au moment où le nombre de leurs résidents de plus de 65-70 ans égale, voire surpasse, celui des moins de 30 ans. En Europe, cela n’est plus circonscrit au cas des régions rurales ou des petites agglomérations ; les villes de plus de 100 000 habitants seront de plus en plus concernées à l’horizon 2040, y compris en France. Cette prise d’âge concerne aussi les personnels administratifs, ainsi que les tissus associatifs ou les instances de démocratie participative, comme les conseils de quartier, essentiels aux prises de décision en matière de déplacement ou de logement.

Les personnes âgées sont pourtant absentes, littéralement, des textes, photos ou affiches accompagnant les diverses campagnes de réduction de notre empreinte carbone menées par les ministères, agences d’urbanisme ou think tanks. Les illustrations promouvant l’agriculture urbaine interpellent d’autant plus que l’agriculture professionnelle est l’un des secteurs de l’économie française et européenne où l’âge moyen des actifs est le plus élevé. Dans un registre similaire, on identifie peu d’usagers de plus de 50 ans sur les images qui sortent en consultant les termes « urbanisme transitoire » sur Internet.

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Contribuer à l’économie circulaire

Cette exclusion des seniors des dessins et desseins de la transition écologique des territoires, dans le monde occidental, entretient l’impression d’une « guerre des âges » autour des questions d’environnement. Elle fait oublier que derrière le parangon du baby-boomeur hédoniste, des centaines de milliers de retraités maintiennent des modes de vie frugaux qui peuvent s’inspirer de leur souvenir de pénuries antérieures. Comme le rappelait le sociologue Serge Guérin dès 2014, bien des retraités contribuent sans le savoir à l’économie circulaire, en ayant le temps de cultiver des légumes, de réparer des meubles, de donner ces produits de leur activité à leur entourage et de recevoir des services en échange.

Cela traduit la difficulté persistante de nombreux acteurs urbains à préparer le vieillissement de leur territoire autrement que par des séries de réponses aux « besoins » des personnes âgées, en dehors d’une appréciation de leur action sur et pour la cité. Le réagencement de leurs intérieurs est bien sûr indispensable et mérite à lui seul des plans spécifiques, tel le plan « baignoire », lancé en France par le ministère du logement. Mais ces mesures restent souvent appliquées indépendamment de l’avis que les seniors peuvent exprimer sur l’avenir de leur habitat et de leur ville.

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