En Zambie, la dette « cachée » vis-à-vis de la Chine

Le président de la Zambie, Hakainde Hichilema, lors de la 76e session ordinaire de l’assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2021.

Quelques jours à peine après avoir remporté l’élection présidentielle en Zambie du 12 août 2021, Hakainde Hichilema a découvert un « trou plus gros que prévu » dans les finances du pays. Ce « trou » de la dette engloutissait près de 40 % des recettes fiscales jusqu’à ce que le pays se déclare en défaut de paiement à l’automne 2020. Le nouveau président, élu en août sur fond de colère sociale et de hausse des prix, a désormais la délicate mission de renégocier la dette extérieure, dont le tiers serait détenu par la Chine.

Premier défi : retrouver toutes les dettes, y compris celles qui se sont égarées. Un ministère a peut-être emprunté de l’argent à un créancier chinois sans prévenir personne au gouvernement, comme cela arrive parfois, ou l’Etat va peut-être découvrir, à la suite d’un défaut de paiement inattendu, qu’il doit rembourser un emprunt dont il s’était porté garant. Selon les calculs du laboratoire AidData, de l’université américaine William & Mary, la dette cachée de la Zambie vis-à-vis de la Chine représenterait à elle seule 8 % de son PIB.

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« Maintenant que nous sommes au pouvoir, nous commençons à voir que les chiffres officiels de la dette ne correspondent pas vraiment aux chiffres réels, a affirmé fin août M. Hichilema à l’agence Bloomberg, une semaine après son élection. Des accords ont été négociés en dehors des canaux habituels, c’est-à-dire que de la dette a été accumulée sans autorisation du Parlement. » Le nouveau président ne veut rien cacher de la dette abyssale de la Zambie, qui a été multipliée par sept en six ans, tout en prenant garde à ne pas effrayer les investisseurs. « Les créanciers de la Zambie ne doivent pas s’inquiéter de notre situation financière. Nous parviendrons à une solution à l’amiable et bénéfique pour tout le monde », a-t-il écrit sur Twitter, quelques jours plus tard. « Il va falloir mettre sa ceinture, car ce sur quoi on va tomber ne va pas être joli », prévient toutefois un diplomate au sujet de la situation financière du pays.

Dans les poches d’anciens responsables politiques

Le pays s’est engagé dans la procédure du « cadre commun » du G20 qui prévoit une coopération renforcée entre tous les créanciers, y compris la Chine, pour restructurer les dettes. La Zambie et le Fonds monétaire international (FMI) doivent se mettre d’accord sur la « nouvelle trajectoire fiscale » à adopter avant que celle-ci ne soit transmise au secrétariat du G20 puis discutée avec les autres créanciers. Le nouveau ministre des finances et ancien employé du FMI Situmbeko Musokotwane a promis de doubler les revenus tirés de l’exportation du cuivre, et de relancer des secteurs-clés tels que l’agriculture et le tourisme pour redresser l’économie. L’Etat pourrait réduire certaines subventions pour l’achat d’engrais ou d’essence, si l’on en croit les journaux du pays, mais « les dépenses sociales seront préservées », assure Preya Sharma, la représentante du FMI en Zambie.

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