Enchères record en vue pour des timbres des Etats-Unis et de la Guyane britannique

Le timbre le plus cher du monde de Guyane britannique (1856) retrouve le feu des enchères le 8 juin.

Record du timbre le plus cher au monde à battre, par lui-même : 9,48 millions de dollars, décroché le 17 juin 2014 par un « 1 cent » noir et magenta, de Guyane britannique, émis en 1856, et connu à un seul exemplaire… Seul exemplaire qui sera donc de nouveau soumis au feu des enchères le 8 juin par Sotheby’s, toujours à New York, pour une estimation optimiste de 10 à 15 millions de dollars (environ entre 8,25 et 12,4 millions d’euros).

Ce timbre est la propriété du chausseur de luxe prisé de nombreuses célébrités, l’Américain Stuart Weitzman.

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Le dessin très effacé du timbre qui ne brille pas par ses qualités esthétiques, il faut l’avouer, représente un trois-mâts dans un cadre rectangulaire formé, avec pour légende « British Guiana » et la devise de l’ex-colonie « Damus Petimus Que Vicissim[us] » (« Nous donnons et attendons en retour »), le tout imprimé en typographie, en noir, sur papier de couleur.

Timbre sur timbre du Guyana paru en 1966, avec, reproduite, une reconstitution « lisible » du one cent magenta du Guyana britannique.

Le timbre, signé du paraphe EDW (pour E.D. Wight), est oblitéré « Ap 4 1856 Demerara » (« 4 avril 1856 Demerara »), du nom d’une commune de la Guyane britannique, l’ancien nom de la capitale Georgetown.

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A noter qu’à l’origine, le prix de vente de ce timbre, en 1856, s’élevait à 1 cent, avant de passer à 6 shillings, en 1873 (lors de sa « redécouverte » par un écolier)… Le prix du timbre fait un bond en 1922, acheté à l’époque 32 500 dollars par un industriel américain… Pour atteindre plus de 9 millions de dollars en 2014.

Timbres sur timbres du Tchad, avec le one cent magenta de Guyane britannique (1856) et le « Inverted Jenny » des Etats-Unis (1918).

La rareté de cette vignette lui vaut d’avoir été reproduite sur quelques timbres de divers pays : Corée du Nord, Tchad, Ajman et… Guyana (dans des versions modernes).

Bloc de quatre de l’« Inverted Jenny », de 1918, estimé 5 à 7 millions de dollars.

Stuart Weitzman met aussi en vente un timbre de poste aérienne de 24 cents, rouge et bleu, émis aux Etats-Unis en 1918, parmi les plus prisés des philatélistes américains, appelé « Inverted Jenny » (le « Jenny renversé »), dont la rareté vient d’une erreur d’impression, l’avion représenté, un biplan Curtiss JN-4 baptisé Jenny, apparaissant la tête en bas (les philatélistes parlent de « tête-bêche »).

Plus extraordinaire, le lot proposé à la vente est un bloc de quatre unités, généreusement estimé entre 5 et 7 millions de dollars (environ 4,1 à 5,8 millions d’euros), alors qu’un tel bloc de quatre (mais sans bord de feuille) est parti en 2019 à 1,74 million de dollars chez Spink.

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Ces prix renvoient à l’analyse que faisait l’économiste Roland Granier (La Philatélie. Collections et placements, PUF, 1999) : « Nombreuses sont les similitudes qui rapprochent [le marché philatélique] du marché de l’art (…). Biens non reproductibles (…), demande solvable, de biens de luxe (…). Une grande incertitude quant aux rendements financiers caractérise les deux marchés (…). Avec les œuvres d’art et la philatélie l’incertitude est sinon totale, du moins immense, d’autant qu’aucun revenu n’est perçu entre l’achat du bien et sa revente » et que « l’inflation future et donc les rendements réels attendus demeurent une inconnue ».

Enfin, au cours de la même vente sera proposée une pièce de monnaie américaine en or estimée entre 10 et 15 millions de dollars – qui fait partie de la dernière série de pièces en or, dites « Double Eagle », frappées par la Monnaie des Etats-Unis (US Mint), en 1933, mais qui ne furent jamais officiellement mises en circulation, seuls quelques exemplaires ayant échappé frauduleusement à la fonte –, achetée en 2002 par Stuart Weitzman pour 7,9 millions de dollars.

L’intégralité du produit de la vente devrait bénéficier à des œuvres caritatives, dont la propre fondation créée par le designer, The Weitzman Family Foundation.

A noter que le site Internet de la renommée maison de vente aux enchères suisse David Feldman, spécialisée en philatélie, propose un « Musée de la philatélie » très pertinent qui, entre autres rubriques, recense les raretés du monde entier, en précisant leur prix et la date de la transaction, ou leur provenance.

Ne manquent évidemment pas à l’appel le bloc de quatre du 1 franc vermillon à l’effigie de Cérès français avec un tête-bêche (plus de 900 000 euros en 2003), la lettre de l’île Maurice de 1847 avec 1 penny rouge et 2 pences bleus (plus de 6 millions de francs suisses en 1993) ou encore le tre skilling banco de Suède de 1855, jaune au lieu de vert (2,875 millions de francs suisses en 1996)…

Sotheby’s, « Three Treasures collected by Stuart Weitzman », le 8 juin, à New York.