Energie : plus de 210 000 kilomètres de projets d’oléoducs ou gazoducs

Une station-essence TotalEnergies à Kampala (Ouganda), le 28 janvier 2020.

« Fly me to the moon », chantait Frank Sinatra (« Emmène-moi jusqu’à la Lune »). Les principales compagnies d’hydrocarbures l’entendent plutôt de la façon suivante : leurs projets de futurs oléoducs ou gazoducs représentent 211 849 kilomètres ; l’équivalent de plus de la moitié de la distance Terre-Lune. Sans parler des terminaux, par ailleurs, pour le gaz liquéfié, le chemin vers la neutralité carbone semble déjà bien rallongé.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Energie : nouveau choc, vieilles dépendances

Pour la première fois, la « Global Oil and Gas Exit List » agrège les données de 887 entreprises de production pétrolière et gazière. Une association allemande de protection de l’environnement, Urgewald, les a colligées et publiées, jeudi 4 novembre, afin d’inciter à sortir des hydrocarbures en pleine COP26 de Glasgow, où les débats soulignent l’urgence de réduire le recours polluant aux combustibles fossiles.

Un surplus

A rebours des préconisations de l’Agence internationale de l’énergie, une majorité des sociétés recensées – 95 % d’entre elles – explorent ou prévoient de développer de nouvelles réserves d’hydrocarbures. Parmi les « expansionnistes à court terme », en haut de la liste, l’entreprise française TotalEnergies (ex-Total). Elle pourrait être amenée à produire, en principe d’ici un à sept ans, un cumul de 4,3 milliards de barils équivalent pétrole supplémentaires – en sachant qu’elle en produit déjà environ 1 milliard par an.

« Nous devons mettre cette liste noire d’entreprises climaticides hors d’état de nuire » Lorette Philippot, chargée de campagne de la branche française des Amis de la Terre

Six sociétés, installées hors d’Europe, devraient enregistrer un surplus encore plus important : la compagnie nationale du Qatar (20 milliards de barils en sus), la russe Gazprom (16 milliards), celle de l’Arabie saoudite (15 milliards), ainsi qu’une firme américaine (Exxon Mobil), ou celles de l’Etat brésilien (Petrobras) ou turkmène (Turkmengaz).

Contacté par Le Monde, TotalEnergies assure que sa production de pétrole « atteindra son pic au cours de la décennie avant de décroître ». Malgré son projet pétrolier en Ouganda ou celui, pour du gaz naturel liquéfié, dans l’Arctique, l’entreprise déclare « s’être engagée, depuis 2015, dans une profonde transformation ». Avec « l’ambition de devenir l’un des cinq plus grands acteurs mondiaux des (énergies) renouvelables en 2030 », ce qui passerait par un déploiement de l’éolien et du solaire.

Pour l’année 2020, la multinationale figure encore dans le « top 10 » des principaux producteurs de sables bitumineux (pétrole non conventionnel), ou encore de ceux actifs en eaux ultra-profondes.

Il vous reste 20.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.