Energie : stocker le gaz, un enjeu de sécurité d’approvisionnement

Des réservoirs de stockage de gaz au bord de l’étang de Berre, près de Marseille, le 10 avril 2015.

En période de gros temps, mieux vaut disposer de quelques provisions. Depuis le début de 2021, la forte hausse des cours du gaz en Europe sur le marché emporte tout sur son passage. La bourrasque rappelle à quel point l’Union européenne (UE) dépend de quelques pays fournisseurs, parmi lesquels la Russie et la Norvège. Tout comme de leur capacité, voire de leur volonté, d’augmenter ou non les volumes de livraison pour répondre à la demande.

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Par l’intermédiaire de Bruno Le Maire, le gouvernement français appelle les autres Etats membres de l’UE à « une meilleure régulation (…) des stocks de gaz ». Le ministre de l’économie l’a plaidé, lundi 4 octobre à Luxembourg, à la veille de sa seconde journée de réunion avec ses homologues. Une réglementation communautaire oblige déjà à garantir un niveau minimal de stocks de pétrole.

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La France importe la quasi-totalité de son gaz. D’abord en provenance de Norvège, puis de Russie, des Pays-Bas, d’Algérie et du Nigeria. Acheté des mois auparavant, le combustible, du moins une partie, patiente sous terre en vue de l’hiver et de ses besoins croissants en chauffage.

L’ensemble des volumes stockés en France représente plus d’un quart de la consommation nationale. Parfois, ce pourcentage augmente encore

La question des stocks est d’importance. Elle est stratégique, puisqu’il s’agit de contribuer à la sécurité d’approvisionnement et, partant, de se prémunir contre toute rupture éventuelle avec un fournisseur. « Par exemple, en cas de température extrême, et donc de thermosensibilité forte. Ou bien en cas de problème géopolitique, si un pays ou un producteur ne souhaite plus, ou ne peut plus, honorer tout ou partie de ses contrats pendant quelques jours ou quelques semaines », précise Pierre Chambon, directeur général de l’antenne française de Storengy, le principal opérateur de stockage.

L’ensemble des volumes stockés en France représente plus d’un quart de la consommation nationale. Parfois, ce pourcentage augmente encore. « Comme la consommation est très saisonnière, en hiver, deux molécules sur trois peuvent venir du stockage », indique M. Chambon.

« Les réseaux sont très bien interconnectés »

Dans l’éventualité d’un problème d’approvisionnement, « nous avons du gaz à disposition, nous dépendons moins d’importations que d’autres pays, souligne Gilles Doyhamboure, directeur commerce et régulation de Teréga, deuxième opérateur de l’Hexagone. Il vaut mieux avoir le gaz près du consommateur final, sans temps de latence, plutôt qu’avec un cargo de gaz naturel liquéfié qui mettrait quinze jours à arriver ou avec un gazoduc en provenance de pays producteurs ». « Même si ce n’est pas son objectif initial » – et même si c’est difficilement visible –, « cette réserve peut jouer un rôle d’amortisseur de prix à la marge, comme c’est le cas en ce moment », décrit Amaury Klossa, consultant pour le cabinet de conseil Arthur D. Little.

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