Energie : un « arbitrage douloureux entre la faillite des uns et la facture des autres »

A Londres, le 10 octobre 2021.

Pertes & profits. Tous les politiques, pour peu qu’ils aient été au pouvoir, vous le diront : leur métier se résume souvent à arbitrer entre deux mauvaises solutions. Comme Chimène dans Le Cid, pressée de choisir entre son père et son amant, les ministres doivent pencher pour les finances publiques ou l’économie, le social ou l’écologie, le consommateur ou l’industrie. Tout en sachant que le résultat, qui ne satisfera personne, sera l’occasion de se faire de nouveaux ennemis. La situation énergétique au Royaume-Uni, où les prix du gaz ont été multipliés par six en quelques mois, est propice à ce genre de dilemme cornélien. Ainsi, le ministre de l’énergie et des entreprises, Kwasi Kwarteng, est-il à couteaux tirés avec son homologue de l’économie, Rishi Sunak, sur la situation des entreprises dans le pays.

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Faute de pouvoir répercuter les prix de l’énergie aux clients, les producteurs d’électricité font faillite les uns après les autres. On compte désormais une douzaine de victimes, et la prochaine pourrait bien être une société soutenue par le géant du pétrole BP. Pour l’instant, le ministre exclut toute aide, affirmant que l’Etat n’était pas là pour soutenir les entreprises mal gérées, et qu’il était hors de question de lever le plafond d’augmentation des prix pour le consommateur. Mais son discours s’est tempéré face aux puissantes industries très énergivores, comme la chimie, la sidérurgie, les papeteries ou les verreries. Elles aussi menacent de fermer leurs usines. Alors, il promet des aides dont son collègue chancelier de l’Echiquier ne veut pas entendre parler.

La tentation de l’endettement

Des querelles classiques en temps de crise, dont les ministres français sont également coutumiers. Mais la situation dans l’Hexagone est moins dramatique, le pays dépend peu du gaz. Ce type d’arbitrage douloureux entre la faillite des uns et la facture des autres ne s’est pas encore présenté. Tout juste le gouvernement a-t-il gelé les prix du gaz et augmenté le chèque énergie pour les ménages modestes. Mais la hausse continue des prix de l’électricité pourrait bien à la fois compromettre la reprise économique et le pouvoir d’achat des Français. La tentation, à Paris plus qu’à Londres, sera de puiser dans la caisse très profonde de l’endettement. Mais celle-ci est déjà très sollicitée par les investissements de relance.

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Les optimistes verront dans cette circonstance un choc salutaire poussant à renforcer les économies d’énergie, gisement le plus sûr pour répondre au défi climatique. Un peu comme la crise sanitaire a spectaculairement accéléré la transition numérique. Les pessimistes répondront que ce sera au prix d’une crise sociale sans précédent. A défaut de martingale parfaite, il faudra se résoudre au choix de Chimène.