Enseignement supérieur : « La valorisation de la recherche doit être remise en haut de l’agenda politique et scientifique »

Tribune. Rendu public en janvier 2007 et établi notamment par Emmanuel Macron, le rapport sur la valorisation de la recherche supervisé par Henri Guillaume, inspecteur général des finances, dressait un constat sombre : « En dépit des mesures prises depuis la loi sur l’innovation et la recherche de 1999, la valorisation de la recherche ne progresse pas en France depuis quinze ans. La stagnation concerne les multiples formes de la valorisation de la recherche, entendue ici sous son aspect le plus large comme l’ensemble des relations entre la recherche publique et le monde économique (…). Pour l’essentiel, ce constat rappelle donc le bilan établi en 1998, à la veille de la loi de 1999. »

Un certain nombre de symptômes étaient soulignés. Parmi ceux-ci, une hyper-concentration à hauteur de 90 % sur trois acteurs des revenus nationaux liés à des brevets – le CNRS, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’Institut Pasteur. A l’exception de l’Ecole des mines de Paris ou de l’Ecole supérieure d’électricité (avec 20 % de la recherche financée par des entreprises) explicitement mentionnées, les trois quarts de l’activité de recherche contractuelle étaient concentrés sur moins de 3 % des laboratoires étudiés tandis que les universités ou le CNRS ne couvraient que 2 % en moyenne de leurs dépenses de recherche par des contrats avec les entreprises.

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Enfin, le rapport notait des retombées socio-économiques de la recherche globalement très en deçà de ce que l’on observait déjà à l’international. En cause principalement, le mille-feuille institutionnel conduisant à une faible efficacité (grandes écoles, universités, unités mixtes de recherche, organismes de recherche) mais aussi une absence de culture de la valorisation et des freins organisationnels (les structures responsables de porter la valorisation étant trop éloignées des lieux de production de la recherche).

Aucune avancée depuis quinze ans sur la valorisation

En 2020, un dossier spécial de la Revue française de gestion traitait explicitement de ce sujet de la valorisation sociétale et managériale pour le cas spécifique des sciences de gestion et du management (Thierry Verstraete et Pascal Philippart, « La valorisation sociétale et managériale de la recherche en gestion »). Près de quinze ans après le rapport « Guillaume », le constat reste très proche d’une très insuffisante politique en matière de valorisation.

On peut ici apporter une explication : d’un côté, les investissements et les efforts considérables destinés à la restructuration du paysage institutionnel de l’enseignement supérieur et de la recherche sont salués dans les classements internationaux par les excellentes places de l’université Paris-Saclay (13e au classement de Shanghaï) ou de PSL Paris Université (40e au classement Times Higher Education 2022) ; d’un autre côté, la question de la valorisation a été la grande oubliée des réformes visant à mieux assurer la reconnaissance de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche en France.

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