Entre Béarn et Pays basque, les utopies en campagne

Par et Camille Gharbi

Publié aujourd’hui à 05h15

« A la fin des années 1990, à Sauveterre-de-Béarn, il y avait un salon de coiffure, une boulangerie, toutes sortes de commerces… Les mamies sortaient dans l’après-midi, se posaient sur un banc pour bavarder, les gens se parlaient dans la rue… Et puis un jour, le Leclerc est arrivé. Et le village est mort : les gens sont partis vivre dans les pavillons alentour, tous les commerces ont fermé. C’est très récent que des jeunes reviennent, et qu’ils trouvent ça beau. » C’est Louis Merle d’Aubigné qui parle, architecte franco-suisse venu s’installer il y a deux ans dans cette cité médiévale des Pyrénées-Atlantiques, construite à flanc de coteau, en surplomb du gave d’Oloron, dans ce paysage de forêts et de collines verdoyantes caractéristique de la zone frontalière entre Béarn et Pays basque. A la fin des années 1990, il y passait ses étés, chez son grand-père.

Des études au sein de la prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, suivies d’un stage au sein de la non moins célèbre agence suisse Herzog & de Meuron l’auront convaincu de l’urgence qu’il y a à repenser les fondamentaux de cette discipline productrice de déchets à la tonne, vorace en ressources naturelles, qui prend une part non négligeable dans la dynamique du réchauffement climatique. « Je m’ennuie très vite devant un écran d’ordinateur », résume-t-il, dans un sourire qui en dit long sur ce qu’est aujourd’hui le métier dans les agences classiques.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

Un passage par le collectif belge Rotor, laboratoire d’idées et de pratiques spécialisé dans le réemploi, une expérience au sein de l’agence de Peter Rich, « virtuose de la terre crue », à Johannesburg, une formation de maçon en Bretagne axée sur les matériaux non transformés (terre crue, bois, chanvre, paille…), et le voilà armé, à 25 ans, pour revenir au pays. Installé dans la maison de son grand-père en attendant de se lancer dans un projet de vie commune, avec deux anciens de chez Rotor, il expérimente des méthodes de construction en circuit fondées sur l’emploi de matériaux bruts et biosourcés, la réactivation de savoir-faire anciens. « A la différence des matériaux normés, comme le ciment, qui arrivent prêts à l’emploi, les matériaux bruts exigent que nous les transformions nous-mêmes. Et il n’existe pas d’outils adaptés… » Tout cela prend du temps, mais pas forcément trop d’argent : cet architecte bâtisseur, comme il se décrit sur sa carte de visite, trouve son économie dans les chantiers participatifs où des personnes non qualifiées troquent leur force de travail contre une formation.

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