Entre bonnes affaires et bonne conscience, les petits arrangements des « amazoneurs » honteux

Un centre de distribution d’Amazon, à Staten Island, dans l’Etat de New York, le 21 avril 2020.

Céline (le prénom a été modifié), 24 ans, a honte de commander sur Amazon. Elle préfère rester anonyme, de peur de passer pour « une traître à la gauche ». Mais voilà plus de deux ans que la jeune femme est abonnée au service Prime, qui permet, pour 50 euros par an, d’être livré plus rapidement (parfois en moins de vingt-quatre heures) et gratuitement, en plus de profiter de la plateforme vidéo d’Amazon et d’autres avantages. « C’était hyper utile pendant le confinement », concède-t-elle.

Elle reprend son historique de commandes, s’amuse de « ce que doivent savoir les algorithmes sur [elle] » et liste : des appareils photos jetables, des élastiques, des accessoires pour son chien (une gourde portable, une gamelle, un harnais). Avant de conclure : « Quand même, tous ces colis… »

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Entre bonnes affaires et bonne conscience

Comme Céline, de nombreux usagers ne sont pas très fiers de commander chez le colosse américain. Le Système Amazon (Seuil, 2021), l’enquête d’Alec MacGillis, journaliste au New Yorker, le rappelle avec force détails : le traitement des salariés, l’optimisation fiscale ou encore le néfaste bilan écologique de l’e-commerce sont autant de points soulevés pour justifier des appels au boycott. Sans compter que la pandémie a tout à la fois stimulé le commerce en ligne et révélé au grand jour la précarité du métier de livreur.

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Selon Les Echos, ces clients fidèles achètent deux fois plus de produits que les autres. Alors, pour les récompenser, Amazon organise depuis 2014 ses Prime Days. Seuls les abonnés pourront profiter de cette initiative, qui proposera plus de deux millions de produits soldés les 21 et 22 juin. La société eMarketer prévoit un chiffre d’affaires mondial de 12 milliards de dollars (10 milliards d’euros) cette année, contre 10 milliards de dollars en 2020 et seulement 4 milliards en 2019.

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De quoi provoquer la colère de certains commerçants français, qui reprochent à la firme de Jeff Bezos de proposer des soldes juste avant ceux qui débutent officiellement le 30 juin. Et de tirailler encore un peu plus les abonnés Prime, jonglant entre bonnes affaires et bonne conscience.

Une consommation plus raisonnée

Sur le plan écologique, Céline a une stratégie pour ne pas trop culpabiliser. Adieu les produits ménagers qui polluent, elle n’utilise que du vinaigre blanc et du bicarbonate de soude. Elle se lave les cheveux au shampooing sec et ne se déplace qu’à vélo ou en transports en commun. « Je me dis que ça compense un peu », assure-t-elle.

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