Entre Emmanuel Macron et le monde de la culture, une relation en mal d’amour

Emmanuel Macron au CinéMazarin de Nevers (Nièvre), le 21 mai 2021.

Tous ses proches vous le diront : Emmanuel Macron n’aime pas les repentirs. Lors d’un déplacement consacré à la réouverture des lieux de culture, à Nevers le 21 mai, le chef de l’Etat s’est pourtant fait violence. « Si est essentiel ce qui m’aide à être moi ou à vivre, l’art l’est à coup sûr », a lancé le président de la République. Une référence explicite à la polémique qui avait agité les milieux culturels à l’automne, lorsque les librairies avaient été considérées comme « non essentielles » par le gouvernement et obligées de baisser leur rideau durant le second confinement.

Même si l’Elysée s’en défend, ce mea culpa en dit long sur l’état des relations entre le pouvoir et le monde de la culture. A tort ou à raison, de nombreux artistes et professionnels estiment avoir été mal traités durant l’épidémie. « Je pense qu’on n’a jamais eu un gouvernement aussi peu intéressé par la culture », a encore taclé le réalisateur Cédric Klapisch dans le magazine Elle, fin avril, déplorant qu’il ait « fallu deux confinements pour que les librairies soient jugées dignes de rester ouvertes, et quatre discours pour qu’Emmanuel Macron prononce enfin le mot “culture” ! ». « Le président n’a pas sauvé la culture, il a fermé la culture », abonde Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

Effort budgétaire

Durant la crise sanitaire, l’exécutif a pourtant dépensé sans compter. Les intermittents ont obtenu une « année blanche » de seize mois, les producteurs de cinéma un fonds pour maintenir les tournages, les propriétaires de salles la compensation de leurs pertes de billetterie… Au total, la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, dit avoir débloqué 12,4 milliards d’euros pour le théâtre, le cinéma, le spectacle, les musées… Plus de trois fois le budget annuel du ministère de la culture (3,82 milliards d’euros en 2021) ! Mi-mai, 148 millions d’euros supplémentaires ont été encore annoncés pour accompagner la reprise. « Aujourd’hui, les artistes sont dans l’émotion. Mais, dans six mois, ils se rendront compte de tout ce qui a été fait », veut croire l’Elysée.

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Nicolas Dubourg, président d’un syndicat patronal du spectacle vivant : « La question artistique et culturelle n’est pas que financière. Le pouvoir doit dire que la culture est au centre de la vie, et il ne le fait pas »

A écouter les uns et les autres, le malaise est pourtant profond. S’ils reconnaissent l’effort budgétaire, les professionnels se disent déçus par la considération que leur porte Emmanuel Macron depuis le début de son mandat. « La question artistique et culturelle n’est pas que financière. Le pouvoir doit dire que la culture est au centre de la vie, et il ne le fait pas », regrette Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles. Signe de ce mal-être, une vingtaine de théâtres sont toujours occupés par des intermittents, malgré la prolongation de l’année blanche et la réouverture des lieux culturels, leurs deux principales revendications.

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