Entre la Chine et Taïwan, un statu quo de plus en plus précaire

Analyse. L’île de Taïwan sera-t-elle prochainement au cœur d’un conflit militaire entre la Chine et les Etats-Unis ? Les Taïwanais, dans leur majorité, ne le croient pas. Ils sont inquiets, mais pas paniqués. Deux sondages réalisés cette année indiquent qu’environ 60 % d’entre eux jugent improbable une tentative d’invasion de l’île par l’Armée populaire de libération (APL) chinoise dans les années à venir. « Il y a tant de liens entre Taïwan et la Chine populaire que les Taïwanais jugent qu’une guerre n’aurait pas de sens. De plus, ils ne se voient pas comme des séparatistes et n’ont pas l’impression de constituer une menace pour le renouveau de la République populaire. Pour eux, celle-ci a davantage à perdre qu’à gagner d’un éventuel conflit », analyse Shelley Rigger, spécialiste de Taïwan au Davidson College (Caroline du Nord).

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Pourtant, à l’occasion de la fête nationale, le 10 octobre, la présidente Tsai Ing-wen les a mis en garde : « Je veux rappeler à tous mes concitoyens que nous n’avons pas le privilège de baisser la garde. » Face à « la montée de l’autoritarisme », Taïwan se trouve « en première ligne de défense de la démocratie », a-t-elle expliqué, avant d’appeler au « maintien du statu quo » dans les relations avec la République populaire de Chine. Le problème est que ce statu quo d’une indépendance de fait mais non de droit est de plus en plus fragile, miné par l’évolution de chacune des trois parties prenantes : la Chine communiste, Taïwan et les Etats-Unis, qui soutiennent militairement celle-ci.

Pour la Chine communiste, cette île de 23 millions d’habitants est une partie de son territoire qui doit être réunifiée et gérée selon le principe « un pays, deux systèmes », à l’instar d’Hongkong et de Macao. Comme l’explique Jean-Pierre Cabestan dans Demain la Chine, guerre ou paix ? (Gallimard, 288 p., 22 €), depuis 1979, date de l’établissement des relations diplomatiques entre Washington et la République populaire de Chine, Pékin considère que « tout renoncement à l’usage de la force serait contre-productif, car il contribuerait à décourager tout rapprochement pacifique ». Problème : la Chine de 2021 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1979. Il y a quarante ans, l’armée américaine n’aurait eu aucun mal à contrer une agression chinoise contre Taïwan. Aujourd’hui, cela est loin d’être aussi évident, et l’APL se prépare ouvertement pour une éventuelle invasion de l’île.

« Taïwan n’est plus un sujet marginal »

De plus, alors que la Chine et Taïwan ont maintenu un dialogue jusqu’en 2016, Pékin a mis fin à celui-ci à l’arrivée de Tsai Ing-wen à la présidence. Officiellement parce que celle-ci refuse ce que l’on appelle le « consensus de 1992 », accepté par le Kuomintang alors au pouvoir, qui reconnaissait qu’il n’y a qu’« une seule Chine », même si Pékin et Taipei ne donnaient pas à celle-ci la même définition. Pour Pékin, la présidente Tsai a brisé le statu quo, en refusant de reconnaître ce consensus.

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