Entre Marseille et Alger, une reprise du trafic maritime attendue avec impatience

Un ferry de la société Algérie Ferries dans le port de Marseille.

Suspendue par la pandémie

Fermée depuis le 19 mars 2020, la liaison maritime entre Marseille et Alger va reprendre du service. Le 12 octobre, le ministère algérien des transports a annoncé par communiqué que la compagnie publique algérienne ENTMV-Algérie Ferries transporterait à nouveau des voyageurs « à destination de la France, à partir du 1er novembre ». Pour le moment, un aller et un retour sont prévus chaque semaine. Corsica Linea, le concurrent français sur cette liaison maritime, n’a pas encore annoncé la reprise de ses traversées.

Mais le principe de réciprocité devrait permettre à la compagnie de reprendre son trafic sur cette ligne courant novembre. Seule ombre au tableau, Alger est actuellement la seule ville desservie. Les trajets vers Oran, Béjaïa, Skikda et Annaba n’ont toujours pas repris. Le ministère algérien des transports « examinera la programmation de voyages supplémentaires vers d’autres destinations selon l’évolution de la situation sanitaire du pays. »

Service minimum

Depuis le début de la pandémie, peu de Franco-Algériens ont pu retourner au bled. Certains ont manqué des mariages, des anniversaires, des enterrements… Et souffrent de ne pas voir leur famille. Les frontières algériennes se sont peu à peu ouvertes depuis juin, mais les trajets en avion, seul moyen d’accès jusqu’alors, se sont raréfiés. « Avant la crise, il y avait 64 vols par jour entre la France et l’Algérie. Aujourd’hui, il y en a 24 par semaine », remarque Elyas Attar, rédacteur en chef du site Visas Voyages Algérie. Une bonne partie des vols affiche donc complet.

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Aussi la reprise des traversées était-elle très attendue. Des centaines de personnes ont fait le pied de grue devant les agences d’Algérie Ferries, notamment à Paris et à Lyon. Prise d’assaut, la compagnie a appelé ses clients à réserver leurs places sur Internet. « C’est un énorme soulagement. Ma famille va enfin pouvoir retrouver sa terre et ses proches », se réjouit une jeune Franco-Algérienne, Nawel Belnour.

Bateau flambant neuf

Cette reprise marquera les grands débuts du nouveau navire : le Badji Mokhtar 3. La dernière acquisition d’Algérie Ferries arrive tout droit du chantier naval de Guangzhou, en Chine. Ce bateau neuf vient ­rajeunir la flotte de la compagnie, plutôt vieillissante. « L’état des bateaux était inqualifiable : vétustes, sales, et le service médiocre… L’arrivée de ce ­nouveau bateau est une ­excellente nouvelle », se réjouit Nawel Belnour.

Le Badji Mokhtar 3 a une capacité de transport de 1 800 passagers et 600 véhicules. On y trouvera deux restaurants, un salon de thé, des aires de jeux pour les enfants, une salle de sport et un espace de prière. « C’est un bateau luxueux pour une compagnie comme Algérie Ferries », constate Elyas Attar. Plus rapide, ce navire permettra de faire la traversée en dix-huit heures, quand les précédents paquebots mettaient presque six heures de plus.

Liaison attractive

Au port de Marseille, la direction se dit « très contente qu’une telle ligne historique puisse repartir ». En 2019, le port phocéen comptait 388 687 passagers venus ou en direction de l’Algérie, ce qui représente 12,5 % de son trafic. Ces traversées sont très empruntées par la vaste communauté algérienne de Marseille, estimée à plus de 220 000 personnes. Mais pas seulement. « On y retrouve principalement des familles, venues de l’Europe entière », explique Elyas Attar.

Les tarifs, plus attractifs que ceux de l’avion, permettent aux foyers les plus modestes de rentrer au pays et de voyager avec leur voiture. Avant l’annonce de la reprise, les Franco-Algériens craignaient une flambée des prix, à l’image de celle du transport aérien. En effet, depuis juin, les prix s’envolent (de 700 à 1 000 euros l’aller-retour). La direction d’Algérie Ferries assure que les tarifs resteront les mêmes qu’avant la crise sanitaire (316 euros aller-retour).