Entreprises : « Il est indispensable que les données, en cas de liquidation ou de restructuration, soient rendues publiques »

Tribune. Alors qu’une vague de faillites d’entreprises menace la zone euro, à la suite de la crise sanitaire, il n’est pas inutile de rappeler certains épisodes peu glorieux de notre histoire économique, lorsque des faillites ont frappé durement des territoires, laissant des milliers de familles en difficulté, tout en permettant l’enrichissement ultrarapide de certains. De telles dérives restent malheureusement toujours possibles.

Rappelons-nous 1981. Manufrance, fleuron de l’industrie hexagonale, symbole des vélos et des machines à coudre « made in France », se retrouve en cessation de paiement. Les salariés sont dans la rue. Les médias sont omniprésents. Sous la pression de la CGT et de la mairie communiste de Saint-Etienne (Loire), une coopérative ouvrière, subventionnée par l’Etat, reprend l’activité de production. Le nouveau patron de l’entreprise, Bernard Tapie, semble céder aux demandes sociales.

Mais, au même moment, et en toute discrétion, Bernard Tapie vend le très important patrimoine immobilier de la société, soit vingt et un grands magasins et vingt-six entrepôts en périphérie des grandes villes. Une vente à la sauvette à laquelle les syndicats ont, semble-t-il, peu prêté attention sur le moment.

Arrangements peu avouables

Nos recherches dans les archives permettent de mieux comprendre ce qui s’est passé (« D’une instrumentalisation de la prudence. La revente du parc immobilier de Manufrance [années 1970-années 1980] », par Lambert Jerman et Pierre Labardin, Entreprises et histoire, n° 3, 2018). Nous avons retrouvé trace des expertises réalisées et des circonstances précises de la vente.

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Curieusement, une unique société s’est déclarée intéressée. Tout juste créée, elle a bénéficié d’une caution bancaire très élevée de la banque Vernes. Une entreprise concurrente, un temps sur les rangs, proposait un prix supérieur pour acquérir ce patrimoine, mais elle a renoncé, faute d’un tel soutien bancaire.

La banque pressentie pour la caution ne l’a pas accordée à cette autre entreprise, afin de ne pas « contrarier certaines relations confraternelles », selon la terminologie de l’époque, suggérant ainsi des arrangements peu avouables. La seule entreprise candidate, donc, met la main, pour 38 millions de francs de l’époque, sur les actifs immobiliers de Manufrance (hors droit au bail), qu’elle s’empressera de revendre à partir de l’année suivante, faisant au passage une plus-value de 13 millions de francs courants.

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