« Envoyé spécial », sur France 2, suit la piste du business juteux de l’ignorance

Les entreprises du e-commerce, les Zalando, La Redoute, Amazon et consorts, ont vu leurs ventes exploser en cette année de confinement à répétition (+ 38 % en un an). Ici, des employés d’Amazon, en mars 2019, à Garbsen, en Basse-Saxe (Allemagne).

FRANCE 2 – JEUDI 10 JUIN À 21 H 05 – MAGAZINE

Vingt-sept articles commandés sur Internet et livrés à domicile pour au final n’en garder que neuf… Pour Arlette, la pratique du « retour produit » est bien commode en période de crise sanitaire. Cette mère de famille ne se pose guère de questions quant au devenir des produits qu’elle a retournés à l’envoyeur. Et qui vont parcourir, en camion ou en avion, des milliers de kilomètres, être reconditionnés pour être remis en vente… ou pas.

L’option « essayer d’abord, payer après » est un argument de vente fort pour les entreprises du e-commerce, les Zalando, La Redoute, Amazon et consorts, qui ont vu leurs ventes exploser en cette année de confinement à répétition (+ 38 % en un an). Mais que deviennent les 17 millions de produits ainsi renvoyés par an, interroge « Envoyé spécial » dans Très chers colis !

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Pour répondre, parfois avec humour, sans culpabiliser quiconque, les journalistes ont dissimulé dans les colis des traceurs GPS. Dans la poche d’un manteau acheté sur Zalando qui va faire 1 600 km jusqu’à son nouvel acquéreur anversois. Dans une trousse à outils acquise sur Amazon, qui parcourra 3 000 km d’un client à un autre. Dans la boîte d’un aspirateur sans fil, qui ne voyagera, lui, « que » 600 km, pour une destination sans retour…

Comprendre la logique commerciale de cette logistique coûteuse – et peu respectueuse des enjeux écologiques –, tel est l’enjeu pour les envoyés spéciaux d’Elise Lucet, à la rencontre des responsables des méga plates-formes, de leurs employés, de syndicalistes, de routiers. Alexis Normand, PDG et cofondateur de la start-up française Greenly, qui évalue l’empreinte environnementale des produits, dédouane le consommateur, qui n’est pas en mesure d’« aligner [son] comportement et [ses] valeurs ». Avoir un comportement plus responsable implique d’être mieux informé, mais lorsqu’on fait un « retour produit », on ne sait pas si son colis « va à 50 km ou à 3 000 km », explique-t-il avec bienveillance.

Mammifère le plus braconné au monde

L’ignorance est également pointée du doigt dans La Malédiction du pangolin, deuxième enquête de la soirée, sur la piste du trafic planétaire de ce petit animal goûtu et pourvu d’écailles – pour son malheur : il est le mammifère le plus braconné au monde !

« Ici [au Congo], il y a l’ignorance, à l’autre bout, l’avarice… Entre les deux, le trafic », résume, fataliste, Adams Cassinga, 38 ans, qui consacre sa vie à la lutte contre les braconniers. Point de départ : Mbandaka, sur les rives du fleuve Congo, où le braconnage est la seule source de revenus de jeunes pères de famille. Ils revendent leurs prises entre 1,30 euro et 1,70 euro pièce à une « mama » – qui les revendra dix minutes plus tard dix fois le prix ! On retrouvera l’animal dans un restaurant « chic » de Kinshasa, en ragoût ou en papillote, à 170 euros.

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Du menu fretin comparé à la suite. En Afrique, quelques trafiquants savent qu’en Asie les écailles du pangolin s’achètent à prix d’or pour de prétendues vertus médicinales. L’animal fut même, au début de la pandémie, mis en cause pour la dissémination du coronavirus sur un marché de Wuhan, avant d’être disculpé.

Un autre circuit, illégal, se déploie alors sous nos yeux, depuis un marabout receleur jusqu’à la « pharmacie de la longévité » de Vine, à 300 km d’Hanoï, au Vietnam. La visite d’un sanctuaire vietnamien pour pangolins paraît bien dérisoire face au trafic d’écailles, qui n’a que faire des décisions officielles de sortir lesdites écailles de la pharmacopée chinoise.

Très chers colis ! et La Malédiction du pangolin, deux enquêtes proposées dans le cadre du magazine « Envoyé spécial », présenté par Elise Lucet. Disponible en replay sur Franceinfo.