Eric Elmosnino, itinéraire d’un comédien instinctif

Eric Elmosnino, à Paris, le 30 septembre 2021.

Dans sa loge du théâtre Edouard-VII, à Paris, Eric Elmosnino fume tranquillement sa cigarette. Vanessa Paradis entrebâille la porte : « On se fait une italienne ? » La répétition de dernière minute attendra. En souriant, son partenaire lui répond : « Bientôt, bientôt. » Vanessa s’éclipse. « Je fais le malin, mais j’ai toujours mal au bide dix minutes avant de monter sur scène, confie l’acteur malgré ses plus de trente années de carrière. Il n’y a rien de normal à se retrouver sur un plateau devant sept cents personnes qui vous écoutent. »

Celui qui fut l’inoubliable Gainsbourg de Joann Sfar en 2010 dans le film Gainsbourg (vie héroïque) est à l’affiche de Maman, la nouvelle création écrite et mise en scène par Samuel Benchetrit, une des belles et originales surprises de cette rentrée théâtrale.

Eric Elmosnino y joue avec brio Bernard, comptable chez Feu Vert, mari aimant et compréhensif de Jeanne, femme mélancolique en quête éperdue d’enfant, interprétée par Vanessa Paradis. La comédienne fait ici ses premiers pas sur scène sous le regard de l’homme qu’elle a épousé. « Samuel a écrit cette pièce pour elle. Sa présence était posée dès le départ », explique Eric Elmosnino.

« Samuel avait le désir de travailler avec moi depuis quelques années. J’aimais déjà bien ses bouquins. J’ai lu sa pièce, elle n’avait pas les codes et les recettes du théâtre privé. J’ai aimé sa musique, son écriture, ça m’a fait envie, poursuit-il. J’ai demandé, comme à chaque fois, de faire une lecture, j’ai vu tout de suite que ça allait être possible. Les répétitions furent douces et bienveillantes. » Lui qui dit voir l’écriture et les situations « bien avant le personnage », campe un mari à la fois détaché et en recherche d’attention, toujours amoureux mais lucide sur l’usure du couple, compatissant face aux blessures de sa femme. « Suivre par amour, être avec, c’est joli de faire cette partition chaque soir », se régale-t-il.

Du public au privé

Quand Eric Elmosnino dit que cette pièce n’a pas tous les codes du théâtre privé (hormis une distribution de têtes d’affiche), il sait de quoi il parle. A 57 ans, cet artiste à l’allure nonchalante et au contact amical a un itinéraire peu commun dans le paysage théâtral français. Après avoir arpenté toutes les grandes scènes nationales (les Amandiers, l’Odéon, la Colline) et la Cour d’honneur du Festival d’Avignon, après avoir joué sous les directions de Jean-Pierre Vincent, Georges Lavaudant, Alain Françon, Patrick Pineau, avoir incarné Baal, Peer Gynt, Borkine ou Platonov, Eric Elmosnino est « allé voir ailleurs », du côté du théâtre privé. L’aventure a commencé avec Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza, en 2008 au Théâtre Antoine et, depuis 2013, cet acteur a fait les beaux jours des scènes privées parisiennes auprès de Bernard Murat, Stéphane Hillel ou Ladislas Chollat.

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