Eric Turquin, le gentleman détecteur de tableaux de maîtres

Eric Turquin domine le marché français de l’art ancien (ici, en novembre 2020).

L’aisance de classe est, juste après sa connaissance exceptionnelle de la peinture, des primitifs italiens jusqu’au XIXe siècle, l’autre atout d’Eric Turquin. A 69 ans, cet expert indépendant vante avec emphase sa dernière découverte, un Philosophe lisant, de Fragonard, disparu pendant plus de deux cents ans, qui sera mis en vente aux enchères à Epernay (Marne), le 26 juin.

« Un chef-d’œuvre sauvé de l’oubli », se vante-t-il sur son site Internet qui insiste sur le point fort de son cabinet, fondé en 1987 : une équipe de neuf personnes, assistées de consultants, qui réalisent environ 15 000 expertises par an. « Nous sommes devenus une usine à découvertes », s’enflamme l’homme au costume croisé, dont l’enthousiasme de bateleur est déterminant pour fixer la valeur d’une œuvre mise aux enchères. « Voyez ce philosophe : il ne lit pas, en réalité, il réfléchit sur le texte ! C’est toute la légèreté et la virtuosité du siècle des Lumières combinées ! »

A raison de 5 % prélevés sur le produit des ventes, son cabinet prospère. Alors que les spécialistes de Christie’s et de Sotheby’s dominent le marché aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et presque partout dans le monde, Eric Turquin est ce petit Français qui en impose aux mastodontes.

Coups de maître

De telles redécouvertes, le cabinet Turquin s’en est fait une spécialité. Son bras droit, Stéphane Pinta, a, par exemple, identifié la touche de Cimabue, un peintre rarissime du XIIIsiècle, derrière une scène religieuse accrochée dans une cuisine à Compiègne. Dûment réattribué, le panneau s’adjuge pour 24 millions d’euros, l’enchère la plus élevée en France en 2019. C’est encore son cabinet qui, la même année, repère la patte d’un Tchèque très confidentiel, le maître de Vyšši Brod, derrière une Vierge à l’Enfant. Bingo : le tableau se vend pour 6,2 millions d’euros à Dijon.

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Aîné d’une famille de l’aristocratie agricole de l’Aisne, à Quincy-Basse, Eric Turquin a délaissé la gestion forestière pour devenir une sommité du marché des tableaux anciens. Déjouant le destin tout tracé par son père – « il voulait que je sois haut fonctionnaire, je me suis étalé au concours de Sciences Po » –, Eric Turquin fait son droit, puis s’inscrit à l’Ecole du Louvre. Reçu à l’examen de commissaire-priseur, il opte pour l’expertise. Sa sensibilité naturelle l’attire vers l’art contemporain.

Mais « par opportunisme », concède-t-il, il se rabat sur la peinture ancienne : la moyenne d’âge des experts était alors élevée, la concurrence moins rude. Le Rastignac peut espérer faire son trou. De ce choix stratégique, il fera une passion. Engagé en 1979 chez Sotheby’s, à Londres, en tant que catalogueur, le jeune homme grimpe les échelons jusqu’à diriger en 1985 le département des tableaux anciens.

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