« Eric Zemmour rêve d’un pays arrêté dans l’espace et dans le temps »

Tribune. M. Zemmour a du mérite : il donne envie de faire dans la nuance. Commençons par ses conclusions. Il veut que toute personne ayant la nationalité française porte un prénom bien français – Chantal, Pierre ou Paul. On le comprend. Il veut que la France soit propre comme un linge au sortir d’une machine à laver. C’est un point de vue. Suivons-le jusqu’au bout : faisons le ménage dans les noms de famille par la même occasion. D’abord le sien : Zemmour est un mot arabe qui veut dire klaxon [et non « olive » comme l’a affirmé par erreur Jean-Luc Mélenchon, en confondant avec un mot berbère]. Il a tort de se priver de la version française d’un nom qui lui va comme un gant.

Le klaxon est la parfaite métaphore de son combat. Tut-tut-tut ! Garez-vous et laissez-moi passer. C’est ce que faisaient cinq fois sur dix les conducteurs libanais dans les embouteillages (dix fois sur dix des hommes). Un boucan d’enfer pour signifier qu’ils étaient le centre du monde. Ça pourrissait nos vies mais ça leur faisait du bien. Depuis que le Liban est à l’agonie et qu’il n’y a plus d’essence, les conducteurs sont fatigués. Ils klaxonnent moins. Seuls les chefs de clans et leurs sbires activent à temps plein leur avertisseur sonore. Pour peu que des Libanais descendent par milliers dans la rue pour dire qu’ils veulent vivre en paix avec des milliers d’autres, il y a un mec payé par un chef de bande qui klaxonne pour les virer.

Une somme d’équations d’une logique imparable

Eric Zemmour ne veut pas qu’on le dérange, il a le sens de l’intimité. Il veut se sentir à la maison où qu’il soit, et hors du monde dans son pays. Il a le droit. Un pays, c’est bien connu, ça ne change pas. Ça roule. C’est fait comme une voiture à quatre places, avec quatre roues, un volant et… un klaxon. Que les ventes d’armes à l’Arabie saoudite rapportent de quoi payer la Sécurité sociale des Français, c’est normal à ses yeux. Mais qu’un ingénieur ou un maçon français musulman puisse n’avoir pas une folle envie de se foutre de la gueule du prophète, ce n’est pas acceptable. Ça prouve que le gars est dangereux et qu’il doit faire ses valises. En résulte une somme d’équations d’une logique imparable : un bon musulman est un bon chrétien, un bon Mohamad s’appelle donc Charles, lequel Charles a, du même coup, le droit d’expulser Kamal si ce dernier ne veut pas qu’on l’appelle Jacquot. Et si la femme de Karim porte un fichu sur la tête, elle est priée de retourner dare-dare dans son pays. Lequel ? On ne sait pas. Un pays de barbus où les femmes se font lapider pour adultère.

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