« Ernest Hemingway, quatre mariages et un enterrement », sur Arte : l’œuvre de l’écrivain au prisme de ses amours

Mary Welsh et Ernest Hemingway.

ARTE – DIMANCHE 5 SEPTEMBRE À 22 H 45 – DOCUMENTAIRE

Que disent de nous nos amours ? Cette question prend peut-être un sens encore plus fort lorsqu’il s’agit d’un écrivain et aventurier comme Ernest Hemingway (1899-1961). Virginie Linhart choisit d’y répondre en passant l’œuvre du romancier américain au prisme de ses quatre mariages. Réalisatrice de films notamment sur Françoise Dolto, Jacques Derrida ou encore le centre universitaire de Vincennes, la cinéaste poursuit ainsi sa plongée dans les milieux littéraires et intellectuels.

Le récit, à partir d’images d’archives, prend appui sur un texte juste et touchant, dit en voix off par l’actrice Anaïs Demoustier. L’angle choisi, les amours de ce romancier, son étrange obstination à vouloir à chaque fois convoler, permet de dévoiler, derrière un apparent bonheur, la part sombre d’un homme résolu à faire vivre sa légende d’un théâtre à un autre, la guerre, le safari, la pêche en mer, etc.

L’aventure, pour Ernest Hemingway, semble toujours débuter par la rencontre. « Le monde est une prison et nous allons ensemble l’ouvrir à tous vents », proclame sa première épouse, la pianiste Elizabeth Hadley. Leurs noces se déroulent en 1921 et le couple part s’installer à Paris. Le jeune auteur y multiplie les rencontres dans les milieux littéraires, Ezra Pound, James Joyce, Scott Fitzgerald… Et bientôt vient le succès littéraire avec L’Adieu aux armes.

« Champ de bataille »

La vie de bohème s’essouffle bientôt, le réconfort psychologique offert par Hadley ne suffit plus à contenir Hemingway qui s’éprend de la journaliste et héritière Pauline Pfeiffer. Ensemble, ils partiront pour la Floride en 1928, avec l’ambition de permettre au romancier de construire la gloire à laquelle il aspire. Il connaît alors sa période la plus prolifique mais s’enfuit malgré tout en mer, pour pêcher, pour échapper au public qui le réclame.

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Son mariage tournant au « champ de bataille », la guerre d’Espagne lui tend les bras. Sur le front, il se lie avec une intrépide et brillante jeune journaliste, Martha Gellhorn. « Amour et guerre, intimement liées, inspirent l’écrivain qui s’engage corps et âme dans la défense républicaine. » De cette époque, il nous reste Pour qui sonne le glas.

L’union avec Gellhorn se termine en 1944 lorsque l’écrivain rencontre Mary Welsh, sa dernière épouse, celle qui l’accompagnera jusqu’à son suicide en 1961, mais qui est aussi présente pour sa consécration, le prix Nobel de littérature qu’on lui accorde en 1954 pour Le Vieil homme et la mer.

Virginie Linhart montre un Hemingway incapable de se fixer, cherchant en amour, comme dans sa carrière, à trouver ailleurs, dans un autre pays, dans les bras d’une autre, de quoi inspirer une énième renaissance littéraire. Ou l’occasion de tromper sa plus fidèle maîtresse, sa fascination pour la mort.

Ernest Hemingway, quatre mariages et un enterrement. Documentaire de Virginie Linhart (France, 2021, 53 min). Arte. Disponible jusqu’au 3 novembre 2021