Espace : Loft Orbital se lance dans le partage des services satellitaires

Vendredi 25 juin, si la météo le permet, une fusée Falcon 9 de SpaceX décollera de la base de Cap Canaveral, en Floride, emportant à son bord quatre-vingts petits, voire très petits, satellites, à placer en orbite basse, c’est-à-dire à 500-550 kilomètres de la Terre. Cette mission de covoiturage, Transporter 2, permet à différents opérateurs d’accéder à l’espace. Dans ce vol figurent deux satellites de la start-up franco-américaine Loft Orbital, dont les créateurs ont développé un modèle original fondé sur le partage des services. Plutôt que d’être propriétaire d’un satellite – de ne pas pouvoir l’utiliser en permanence ou de ne pas avoir les moyens d’en acquérir un –, autant être l’un des locataires, ce qui permet de réduire les coûts.

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« Nous importons dans l’espace le principe du passage de la possession d’un objet à sa location sous forme de leasing », explique Antoine de Chassy, le cofondateur et PDG de Loft Orbital. La société propose à ses clients de partager avec d’autres les capacités d’un satellite en les utilisant selon leurs besoins. Ils peuvent y installer leurs logiciels et même embarquer leurs matériels spécifiques, s’ils le souhaitent, comme, par exemple, leurs propres caméras. « Nous fournissons l’infrastructure, nous nous occupons d’équiper les charges utiles des satellites [qui permettent de remplir la mission prévue], de les lancer et de les gérer », ajoute-t-il. Les deux premiers, de la taille d’une machine à laver et pesant une centaine de kilos, ont été fabriqués l’un par LeoStella, une filiale américaine de Thales, l’autre par Blue Canyon, propriété de Raytheon. Loft Orbital les a ensuite équipés.

Baisse des coûts

Ce modèle de location a attiré une dizaine de clients. A commencer par le gouvernement des Emirats arabes unis pour des missions d’observation, le français Eutelsat, qui veut tester un service de connexion des objets par le biais d’Internet, mais aussi la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa), l’agence américaine de recherche avancée de la défense. Son objectif est de mesurer la capacité d’un ordinateur à analyser des données provenant de sources multiples et à les envoyer aux utilisateurs au sol. L’Agence spatiale canadienne a signé pour embarquer sur un troisième satellite lors d’une prochaine mission.

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A terme, l’ambition de Loft Orbital est de se doter d’une constellation d’une centaine de satellites pour répondre aux besoins, en profitant de la baisse régulière des coûts. C’est justement le développement des constellations Starlink (SpaceX) ou OneWeb, avec leurs myriades de satellites en orbite basse, qui ont permis de diviser par dix les coûts de fabrication en quelques années, de 100 millions à 10 millions de dollars (de 83,8 millions à 8,3 millions d’euros), permettant à de nouveaux acteurs d’entrer sur ce marché du new space. D’où la création de Loft Orbital, à San Francisco, en 2017. La jeune entreprise s’est installée également à Toulouse, en 2020, afin de poursuivre son développement. Elle compte une soixantaine de personnes des deux côtés de l’Atlantique et souhaite plus que doubler ses effectifs en 2022.