Est-il souhaitable que Manuel Valls revienne sur la scène politique française ?

Manuel Valls, à Paris, le 3 mai.

L’argument de la sincérité

Plutôt que de perpétuer l’hypocrisie d’une partie de notre personnel politique aux convictions mouvantes, Manuel Valls partage, avec une ­sincérité touchante, ses revirements, ses « Valls-hésitations ». Comme il ne fait rien à moitié, il s’affiche avec les compagnes qui épousent ses crochets politiques. Séparé de la musicienne Anne Gravoin, il se met en couple avec la députée LRM Olivia Grégoire puis se marie avec Susana Gallardo Torrededia, une riche héritière espagnole. Avec lui, pas d’entourloupe, tout se sait.

L’argument politique

Son retour pourrait faire le bonheur de beaucoup de monde. Des macronistes de gauche, qui voient déjà en lui un futur ministre de l’intérieur – en cas de remaniement après les régionales –, un peu moins « droitier » que Gérald Darmanin. Des macronistes de droite, pour qui son républicanisme impitoyable et sa laïcité de combat sont rassurants. Et même de la droite tout court, qui s’est toujours pâmée de ses sorties sur la « société de l’assistanat » ou de sa volonté de renvoyer les Roms en Europe de l’Est.

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L’argument de mauvaise foi

A lui seul, Manuel Valls a réussi à relancer la parodie politique. Dans une émission satirique, la chaîne publique espagnole TV3 s’est fendue d’un clip, avec un savoureux sosie de Valls en vedette, qui moque le court bilan de l’ex-conseiller municipal, sur l’air de Moi… Lolita, d’Alizée. C’est à mourir de rire. Un million de vues en à peine vingt-quatre heures. Manuel Valls est devenu, à retardement, une star en Espagne. Un regret, toutefois : que « Les Guignols de l’info » n’aient pu profiter de la geste vallsienne.

Le contre-argument de la sincérité

Lors des législatives de 2017, passé sous la bannière macroniste, il fait campagne dans son fief de l’Essonne, dont il fut député pendant quinze ans. Sur sa profession de foi, était écrit : « Toujours avec vous. » Un an plus tard, il lâche son mandat pour se carapater en Espagne. En 2019, quand il se fait élire au conseil municipal de Barcelone, il le tonne avec l’exaltation de son cœur ibérique : « quoi qu’il arrive », il restera. De là à penser que Manuel Valls a une conception particulière de la sincérité.

Le contre-argument politique

Un tel manque de constance, voire un fort sentiment de trahison, annihile le peu de crédibilité politique qui lui restait après son adhésion à la Macronie, en 2017 – Emmanuel Macron semblait d’ailleurs faire peu de cas de l’arrivée de ce nouveau transfuge. La capacité unique de Manuel Valls à retourner sa veste et à se renier dès qu’il voit poindre une nouvelle occasion pourrait bien s’apparenter à un suicide politique raisonné. On a hâte de lire le prochain épisode.

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Le contre-argument de mauvaise foi

Evidemment, ses allers-retours ne font pas que du bien à une classe politique déjà assez discréditée. Mais, finalement, il faudrait peut-être laisser Manuel Valls continuer à imaginer ses autoparachutages toujours plus gros, si ce n’est plus grotesques. Car plus ça va, plus la détestation à l’encontre de Manuel Valls dans toute l’Europe pourrait prospérer et créer, enfin, un salutaire sentiment communautaire. Bien plus fort que le traité de Maastricht ! S’il pouvait au moins servir à ça…

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