Et le télétravail a mis fin aux heures de pointe…

Même chez ceux qui repassent au présentiel, l’expérience du télétravail a changé leur conception des « heures de bureau » et du travail

Pendant des années, les employés de bureau ont disposé de petits avantages dissimulés : la possibilité de photocopier des documents réclamés par une administration, celle d’imprimer un formulaire réclamé par l’école ou de glisser quelques enveloppes dans le courrier au départ de l’entreprise pour économiser des timbres. Mais, depuis le confinement, ceux qui ont goûté au télétravail ont pris conscience des bénéfices cachés à ne pas aller au bureau.

Travailler chez soi, c’est pouvoir éplucher des pommes de terre en temps masqué pendant une téléconférence, étendre une machine pendant un appel qui s’éternise. Surtout, les nouveaux travailleurs à domicile ont découvert la tranquillité des supermarchés en fin de matinée et vous glissent que chez Intersport il y a beaucoup moins de monde en semaine, comme s’il s’agissait d’un secret jusque-là bien gardé. Visio à 11 heures pour le boulot. Esthéticienne à 11 h 45.

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En télétravail, on appelle ça « faire une pause », et non pas « abandonner son poste ». On va s’aérer la tête en faisant les courses du dîner comme on irait à la machine à café. A ses risques et périls, comme le rappelle une DRH : le salarié doit être opérationnel et disponible pendant les horaires fixés par l’employeur. Et s’il est embouti par un chariot de supermarché, il ne pourra pas faire valoir un accident du travail.

Lissage de la fréquentation

Mais les périodes de confinement nous ont habitués à ce que nos interlocuteurs aient une vie personnelle, et il est devenu plus facile d’assumer de répondre au téléphone alors qu’on est en train de faire ses courses sans chercher à étouffer le son des annonces de promotion du supermarché en fond sonore. Beaucoup d’entreprises de services et de distribution s’en sont rendu compte.

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On croise du monde chez Leroy Merlin à n’importe quelle heure de la journée. Le travail à distance a écrasé les heures de pointe. « Depuis la généralisation du télétravail, Monoprix a, en effet, constaté une évolution de la fréquentation en magasin. Celle-ci se traduit par un lissage sur la journée avec un pic d’affluence observé à la mi-journée moins marqué », confirme le distributeur. Même observation chez Truffaut, à croire son président, Gilles Mollard : « Les actifs qui avaient pour habitude de venir en magasin en fin de journée viennent désormais aussi en matinée. »

« Il n’y a plus de samedi », constate une coiffeuse d’Hesdin, dans le Pas-de-Calais.

Poissonnier présent sur des marchés des 13e et 14e arrondissements parisiens, Fabian voit maintenant en semaine des clients qu’il ne rencontrait jusque-là que le week-end, « des jeunes parents qui passent chercher de quoi se faire des repas pour le midi et le soir. Ils [lui] disent qu’ils travaillent chez eux et ont le temps de cuisiner ». Même dans les transports, on observe un effet du télétravail, qui permet d’éviter les rushs : en juin, alors que la fréquentation des transiliens de la SNCF aux heures de pointe était tombée à 50 %, l’affluence aux heures creuses avait augmenté.

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