Et Paris découvrit la flamboyante soprano Asmik Grigorian

La soprano Asmik Grigorian, accompagnée d’Antoine Palloc au piano, en concert à la Salle Gaveau à Paris, le 1er juin 2021.

En août 2018, Asmik Grigorian avait mis le Festival de Salzbourg à ses pieds dans le rôle-titre de Salomé, de Richard Strauss. La soprano arméno-lituanienne incarnait avec une intensité démente et un naturel incroyable la lumineuse et très méchante enfant d’Hérodiade, sacrifiant sans le moindre état d’âme sur l’autel de son désir de vierge l’envoyé de Dieu, le prédicateur Jean-Baptiste. Romeo Castellucci tenait l’héroïne implacable de « l’opéra le plus choquant de tous les temps », dont témoigne un DVD paru chez C Major.

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Asmik Grigorian aurait dû faire ses débuts à l’Opéra de Paris en mai, dans La Dame de pique, de Tchaïkovski, mis en scène par Lev Dodin, mais la production a été annulée (la soprano sera néanmoins en récital à Bastille, les 6, 9 et 12 juin) . C’est donc la Salle Gaveau qui a accueilli, mardi 1er juin, le premier récital parisien de la fille du ténor Gegam Grigorian, dans le cadre du 59e concert produit par L’Instant lyrique. A 40 ans, depuis le 12 mai, la jeune femme rayonne dans une élégante robe fourreau rehaussée de dentelle blanche que soulignent des lignes noires à la Buren. Elle est sans conteste de la catégorie qui capte l’attention dès l’entrée sur scène.

Le pianiste Antoine Palloc lui sert de confident dans la « Scène de la lettre » qui voit la jeune Tatiana, faisant fi des conventions, ouvrir son cœur et son âme au séduisant Onéguine. La voix d’Asmik Grigorian a quelque chose de sauvage, des élans, des retenues, des sanglots, des spasmes. Le timbre est riche et assez sombre, pâte incandescente relevée d’une pointe d’acide, la projection puissante. Grave et médium font montre d’une grande homogénéité, les aigus s’épanouissant dans un vibrato moins serré, qui ouvre des perspectives de fragilité. De magnifiques qualités que vient illustrer le splendide arioso « Otchego eto prezhde ne znala » (« pourquoi n’ai-je pas su cela avant »), extrait de Iolanta.

Une ardeur presque masculine

Toujours Tchaïkovski, dans trois mélodies tirées des Romances op. 6. D’abord la fameuse « Nel, tolko tot, kto znal » (« personne d’autre que le cœur solitaire ») – un tube enregistré quatre fois par Frank Sinatra, dont la dernière sous le titre When No One Cares – puis la complainte solitaire « Snova, kak prezhde » (« encore, comme avant, seul »), dont Asmik Grigorian pousse l’immense crescendo jusqu’au cri, avant la complainte amoureuse de « Sred shumnovo bala » (« au milieu du vacarme du bal »), rêverie bercée dans un sotto voce chanté bras croisés, dos contre le piano.

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