Et si vous profitiez des vacances pour vous ennuyer ?

« C’est lorsque l’homme a commencé à maîtriser le temps, le feu, qu’il a commencé à s’ennuyer. Cela n’aurait pas été le cas s’il était resté chasseur cueilleur. »

L’ennui a mauvaise presse dans nos sociétés hyperactives, qui valorisent la productivité. Pourtant, depuis l’Antiquité, nombre de penseurs ont au contraire cherché à valoriser et à sublimer cet état d’âme complexe.

Ces derniers mois nous ont invités à réfléchir aux vertus et aux inconvénients de l’inaction forcée et du sentiment de monotonie qui en découle. S’il est tentant d’y échapper de différentes manières – séries télévisées, achats compulsifs… – , il est possible de s’en faire un allié. L’ennui, qui n’existe que chez l’homme sédentaire et l’animal domestique, peut certes s’avérer nuisible, par exemple en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), en prison ou au travail.

Mais il peut aussi être un formidable moteur d’invention et de créativité, explique le docteur Patrick Lemoine, psychiatre et docteur en neurosciences, dans son essai Eloge de l’ennui (Editions du Relié, 2021).

Quelle est l’origine du mot ennui ?

Patrick Lemoine. Ce mot viendrait du latin odium. « Est mihi in odio » signifie « cela m’ennuie ». Mais on trouve aussi le terme inodium, qui serait, lui, tiré de la périphrase « in odio esse », qui signifierait « être en haine ».

Avec cette étymologie compliquée, s’ennuyer reviendrait donc à « être en haine de soi ». C’est d’ailleurs le cas pour un certain nombre de personnes, notamment les adolescents, qui ne le supportent pas et recherchent des sensations à travers différentes addictions…

Parler de l’ennui, c’est également parler du temps. Ce sujet me passionne depuis longtemps : j’avais déjà publié S’ennuyer, quel bonheur ! (Armand Colin, 2007), il y a une dizaine d’années. Puis il y a eu le confinement : une belle école de l’ennui pour beaucoup de monde, et que j’ai trouvée pour ma part délicieuse. Il m’a renvoyé à mon enfance, où je me suis beaucoup ennuyé, notamment lors de vacances chez mes grands-parents. C’est un phénomène particulier, qui m’a procuré un sentiment de nostalgie de ces longues heures interminables à ne rien faire.

« Et si c’est l’ennui qui avait permis à l’humanité de devenir intelligente ? », vous demandez-vous dans ce livre. Quand avons-nous commencé à nous ennuyer ?

L’ennui a été sécrété par la civilisation, à partir du moment où l’homme s’est sédentarisé avec l’élevage, l’agriculture… Chez les peuples proches de la nature, le concept d’ennui n’existe pas. C’est lorsque l’homme a commencé à maîtriser le temps, le feu, qu’il a commencé à s’ennuyer. Cela n’aurait pas été le cas s’il était resté chasseur-cueilleur.

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