Etienne Saglio joue avec les terreurs enfantines

« Le Bruit des loups », de et avec Etienne Saglio, au Théâtre du Rond-Point, à Paris.

Balayez les feuilles mortes à la pelle comme le veut la saison, et vous risquez soudain de vous retrouver perdu en pleine forêt, pelotonné sous votre doudoune, à l’écoute des bêtes sauvages. Ce chavirage spatio-temporel saisissant électrise le spectacle Le Bruit des loups, du magicien et metteur en scène Etienne Saglio, à l’affiche jusqu’au 20 novembre du Théâtre du Rond-Point, à Paris. En une seconde, un paysage fait effraction sur le plateau et foudroie l’imaginaire.

Rêve et cauchemar, entre caresse et chair de poule, cette fable initiatique noue serré les peurs et terreurs enfantines. Ses émerveillements, aussi. Le Petit Poucet copine avec le mini-Chaperon rouge ; l’ogre et la mère-grand ont des faux airs du monstre de Frankenstein ; les souris dansent, évidemment, lorsqu’elles ne se font pas attraper par la queue. Les contes et les comptines se coursent pendant que le loup rôde. Entre deux coups de tonnerre, un malicieux renard parade et joue les running gags pour détendre l’atmosphère.

Cohésion du mirage

Ce plongeon en apnée dans l’irrationnel fonctionne à plein grâce aux mille et un stratagèmes illusionnistes finement entrelacés par Etienne Saglio. Jongleur et expert en magie nouvelle, mouvement artistique apparu au début des années 2000 qui dope le spectacle vivant, il convoque ici toute l’armada de l’écriture scénique magique. Entre subterfuges à l’ancienne, comme les chausse-trapes, et nouvelles technologies, un dispositif complexe de marionnettes, prestidigitation, projections d’images, hologrammes et autres trouvailles optiques interagit avec trois personnages.

Si l’envie de distinguer le vrai du faux surgit au détour d’une apparition incongrue, elle s’évanouit vite devant la cohésion du mirage qui se profile. L’animal en chair et en os ou la bestiole empaillée se confondent, l’enfant et l’homme adulte se glissent sous la même peau. Tout semble réel et irréel, et inversement, et peu importe, au fond.

Lire la critique de 2014 : Article réservé à nos abonnés Pour Etienne Saglio, l’au-delà c’est ici et maintenant

Le trouble des sens et des perceptions, exacerbé par une bande-son tempétueuse, que provoque Le Bruit des loups, est d’autant plus aigu qu’il a lieu au théâtre. Si l’on y retrouve, comme souvent dans les pièces de magie nouvelle, le vertige du cinéma et des effets spéciaux, il est majoré par le vivant parfois très cru du spectacle, où les trucages opèrent en temps réel. La souris trempée dans l’huile prend alors une saveur particulière. Ecrit par Etienne Saglio, artiste-associé au Théâtre du Rond-Point, en complicité avec la dramaturge-anthropologue Valentine Losseau, Le Bruit des loups offre aussi un écrin à une vision onirique de la nature.

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