« Etre avec mes lions, faire rêver les gens, c’est toute ma vie » : Frédéric Edelstein, dernière bête de scène

Par Benoît Hopquin

Publié aujourd’hui à 00h55

Frédéric Edelstein avec ses fauves, à Perthes-en-Gâtinais (Seine-et-Marne), le 23 septembre 2021.

A Perthes-en-Gâtinais, Seine-et-Marne, à 50 kilomètres de Paris et quelques milliers de la savane africaine, cinq lionnes blanches se prélassent au soleil de septembre. Les félins sont enfermés dans une cage en métal de 13 mètres de diamètre. La taille de cet enclos ne doit rien au hasard. C’est la dimension classique, immémoriale, d’une piste de cirque, soit deux fois la taille de la chambrière, ce long fouet que manient les dompteurs.

« Mes lions sont comme moi. Ils n’attendent que de repartir sur la route. » Frédéric Edelstein

C’est aussi dans ce cercle normé que Frédéric Edelstein, 52 ans, a circonscrit sa vie. Plutôt qu’une prison, il voit dans cette enceinte de métal un espace de liberté, installé un jour ici, un jour là, sous vos yeux éblouis, mesdames et messieurs, un cercle démultiplié par les feux de la rampe et les applaudissements. « Etre avec mes lions, faire rêver les gens, c’est toute ma vie », affirme-t-il. Il se revendique « artiste », même si cette qualité lui est de plus en plus contestée.

Dans sa caravane de 55 mètres carrés, tout en miroirs et meubles blancs, où il habite été comme hiver, avec vue imprenable sur la fauverie, le dresseur du cirque Pinder raconte son bonheur de saltimbanque. Sa roulotte grand confort jouxte un joli manoir, propriété familiale où il n’a jamais réussi à passer une seule nuit, par peur d’étouffer entre les quatre murs. Sur son bulletin scolaire, dans un collège de la banlieue parisienne, un professeur notait déjà : « Préfère être dehors. » L’âge n’a pas guéri sa claustrophobie.

200 kilos de muscles et de crocs

Sans falbala, il décrit aussi ce que c’est que glisser volontairement ses 83 kilos et son 1,83 mètre dans une fosse aux lions. C’est une sorte de défi à la raison et un périlleux voyage, avec pour seuls viatiques sa chambrière et un bâton de bambou. Combien de milliers de fois, en trente ans de carrière, l’a-t-il faite, cette exploration ? Il n’a jamais compté. Il embrasse du regard ses dernières compagnes de route, Zora, Yaël, Sophie, Rufy et Princess, 200 kilos de muscles et de crocs chacune, grands fauves aux airs trompeurs de gros chats repus.

Dans un autre enclos, les mâles Dingaam et Chaka, deux patauds de 330 kilos, lancent à travers la plaine francilienne des rugissements incongrus sous ces latitudes. Frédéric Edelstein en présente douze de cet acabit dans ses spectacles. Cela fait plusieurs mois qu’homme et bêtes sont désœuvrés, pour cause de pandémie, et cloués en Seine-et-Marne. Le maître en est persuadé : « Mes lions sont comme moi. Ils n’attendent que de repartir sur la route. »

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