Ettore Sottsass, le « gourou » à Pompidou

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Publié aujourd’hui à 18h00

C’est un feu d’artifice, plus ambitieux et Technicolor que jamais, un ravissement pour les yeux et l’esprit. Le Centre Pompidou, à Paris, signe, avec « Ettore Sottsass. L’objet magique » (jusqu’au 3 janvier 2022), une exposition remarquable réunissant quatre cents œuvres (dessins, peintures, objets), cinq cents photographies et deux cents documents inédits qui retracent la carrière du maestro (né en 1917 à Innsbruck, en Autriche, mort en 2007, à Milan, en Italie), le « gourou » des avant-gardes.

S’il est commun, depuis une vingtaine d’années, de célébrer tel ou tel talent d’Ettore Sottsass – les années Memphis, les céramiques, ses créations pour Olivetti, dont l’iconique machine à écrire rouge Valentine, etc. –, on a peu donné à voir l’ampleur de son génie polymorphe. Ici, de la photo noir et blanc du bambin blond des Dolomites, années 1920, à la légende moustachue des années 1980, c’est toute la vie créative de l’architecte, designer, peintre ou scénographe qui défile sous nos yeux dans les galeries 3 et 4. Et le musée, qui avait déjà consacré trois expositions à cette légende italienne de son vivant, sort cette fois cartes maîtresses et pièces inédites. « Sottsass était aussi écrivain, poète et photographe, et ne faisait pas de hiérarchie entre les disciplines, chacune, selon lui, étant la ponctuation rituelle d’un tout cosmique », martèle Marie-Ange Brayer, commissaire de l’exposition.

Vue de l'exposition « Ettore Sottsass. L’objet magique », au Centre Pompidou, à Paris.

Avec Barbara Radice, la veuve d’Ettore Sottsass, elles ont imaginé un parcours chronologique qui met en lumière la cohérence de ses travaux – peintures, motifs sur textiles, lampes, miroirs, bijoux et mobilier – comme autant de briques d’un même édifice. Tout commence par un premier dessin à l’âge de 21 ans (l’étudiant en architecture à Politecnico de Turin fait l’école buissonnière chez le peintre libertaire Luigi Spazzapan), où déjà s’inscrivent les couleurs fortes, les mouchetages et les formes géométriques qui feront sa signature. Et se termine en apothéose par le mobilier théâtral de Memphis, le mouvement qu’il a fondé en 1981, au carrefour de l’art, du design, de l’architecture et du graphisme.

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Ici chaque meuble devient acteur du quotidien : monté d’office sur un piédestal, grimé de motifs et teintes bariolés, il hésite entre plusieurs fonctions et semble tanguer sur ses pieds, telle cette console « Les structures tremblent » de 1979 (Ed. Alchimia). Ils incarnent la plus grande révolution de l’histoire du design. « Avec Memphis, c’est la première fois que le design se décorsette, souligne Marie-Ange Brayer. Et qu’est donné aux designers le pouvoir sur les fabricants, celui d’être force de proposition, d’où la fascination qu’il exerce jusqu’à ce jour. »

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