« Eugénie Grandet », de Marc Dugain : une relecture très convenue de Balzac

Joséphine Japy dans « Eugénie Grandet », de Marc Dugain.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Balzac bénéficie, en cette rentrée, d’une étonnante actualité : Illusions perdues adapté au théâtre et au cinéma, Eugénie Grandet porté à l’écran par Marc Dugain… C’est qu’on en a jamais fini avec Balzac, et sa Comédie humaine reste encore le scalpel le plus affûté pour disséquer notre époque – à intervalles réguliers, les metteurs en scène s’en rappellent. C’est du moins comme cela que s’appréhende cette nouvelle adaptation d’Eugénie Grandet : la trajectoire de cette petite provinciale idéaliste fauchée par le patriarcat nous regarde encore, forcément.

Tout en se tenant à une méticuleuse reconstitution d’époque, Dugain en profite pour légèrement infléchir la tonalité du roman, l’histoire d’un rêve d’amour qui se cogne contre la pingrerie du réel. Dugain rend l’œuvre plus romantique qu’elle ne l’est, quitte à frôler une forme de mièvrerie étrangère à Balzac, et la traduit dans les termes d’un féminisme contemporain qui offre à son héroïne une issue beaucoup plus heureuse et émancipatrice.

Préciosité formelle

Dans cette nouvelle adaptation, c’est moins la relecture convenue, légèrement opportuniste, qui pose problème que l’extrême préciosité formelle de Marc Dugain : on peine à trouver ce qui ici fait cinéma tant tout y est purement illustratif.

Eclairage à la bougie, costumes, direction d’acteurs, clair-obscur de l’image : le cinéaste prend un tel soin à la reconstitution qu’il en oublie de mettre en scène – c’est-à-dire de filmer des idées. Cette préciosité dans l’exécution empêche que le film soit traversé par un souffle, un éclat, un visage ou le tremblement d’une émotion. Autant d’afféteries qui, loin d’exalter la puissance de feu du roman, étouffent sa flamme sous des couches d’académisme.

Eugénie Grandet. Film français de Marc Dugain, avec Joséphine Japy, Olivier Gourmet, Valérie Bonneton (1 h 45).