Euro 2021 et paris sportifs en ligne : l’overdose du « marketing de la misère »

Selon l’Observatoire des jeux, un joueur sur trois aurait de 18 à 24 ans.

L’euro de foot est à mi-parcours, et l’overdose est déjà là. Voilà des semaines que les sociétés de paris sportifs saturent l’espace médiatique, matraquant de spots les avant-matchs, parrainant les émissions sportives, multipliant les partenariats avec les influenceurs sur les réseaux sociaux… Les budgets publicitaires du secteur ont augmenté de 26 % depuis 2019. Au point de gravement irriter ceux qui, jusqu’alors, étaient la cible principale et passive de leurs campagnes, les jeunes des quartiers, de plus en plus conscients d’être visés, puis essorés par les bookmakeurs.

« Le ciblage communautaire, comme en témoigne le champ sémantique de leurs campagnes, est délibéré, structuré. Ils visent des joueurs précaires, dans des zones reléguées. » Marwan Muhammad, statisticien et militant associatif

Animateur, entre autres, sur Clique TV avec Mouloud Achour, Sébastien Abdelhamid, 221 000 abonnés sur Twitter, a été l’un des premiers a dénoncer les risques d’addiction favorisés par ce « marketing de la misère ». « L’esthétique, les codes, les figures qui les portent sont censés s’adresser à la banlieue, et il faut reconnaître que c’est très bien fait », concède-t-il.

Il suffit de descendre dans le métro ou d’allumer la télé pour s’en convaincre : la campagne de Betclic (« Bascule dans le game », avec l’humoriste Thomas NGijol et les rappeurs Fianso et Dinos, ou le hashtag #Betclickhalass, – khalass signifie « paie » en arabe du Maghreb), celle de Winamax (« Tout pour la daronne », la punchline du Marseillais Mohamed Henni…), celles de Parions sport (du groupe FDJ, qui met en scène des familles et des jeunes essentiellement noirs et arabes) et Unibet (« Bascule en mode Euro », avec les joueurs du PSG Neymar, Mbappé, Marquinhos, Cavani et Kimpembe) visent ostensiblement la jeunesse de banlieue.

Si elle « constate le matraquage publicitaire », la porte-parole de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), organisme indépendant de régulation, estime étrangement qu’« aucune de ces publicités ne tombe sous le coup de la loi », quand bien même elles enfreignent toutes ou presque les différentes dispositions prévues par le décret du 4 novembre 2020 relatif aux modalités de régulation de l’Autorité nationale des jeux…

Face à cette déferlante, Marwan Muhammad, statisticien et militant associatif, ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France, association qui a été depuis dissoute par le gouvernement, a posté ces derniers jours une série de tweets pour alerter les joueurs. « Le ciblage communautaire, comme en témoigne le champ sémantique de leurs campagnes, est délibéré, structuré. Ils visent des joueurs précaires, dans des zones reléguées », juge celui qui, lorsqu’il était étudiant en mathématiques financières, avait consacré son mémoire de fin d’études aux probabilités.

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