Evergrande, le géant immobilier au bord de la faillite, fait trembler l’économie de la Chine

Le projet immobilier Evergrande Cultural Tourism City, dont le chantier est à l’arrêt,à Suzhou (Jiangsu), dans l’est de la Chine, le 17 septembre 2021.

Depuis plusieurs jours, les yeux de la planète finance sont tournés vers la Chine, et plus précisément vers Evergrande. Marchés et investisseurs s’interrogent : quel sort réserve Pékin au deuxième promoteur immobilier chinois ? Les autorités vont-elles se porter au secours du groupe ou le laisser faire faillite ? Cette dernière hypothèse alimente le spectre d’une crise financière à l’image de celle de 2008 et secoue les indices boursiers.

Fondé en 1996, Evergrande, ou Hengda, en chinois, a profité de l’urbanisation accélérée du pays pour s’imposer. Particulièrement ambitieux, le groupe, pariant sur la hausse continue des prix, a multiplié les projets à travers le pays et accumulé 1 970 milliards de yuans – environ 260 milliards d’euros – de dette… soit 2 % du produit intérieur brut (PIB) chinois.

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Les difficultés se succèdent pour Evergrande depuis mi-2020 : pour tenter de faire entrer des fonds, le groupe brade ses appartements, si bien qu’au premier trimestre ses profits ont chuté de 29 % et le cours de l’action Evergrande a chuté de 90 % depuis le début de l’année. Le 13 septembre, l’entreprise a admis faire face à une pression financière « énorme ». Depuis, des investisseurs, fournisseurs non payés et propriétaires d’appartements achetés sur plan, ont manifesté devant des locaux d’Evergrande dans plusieurs villes de Chine.

Dans un marché profondément déséquilibré, nombre de promoteurs, petits ou grands, sont surendettés

Cette crise place sous les feux des projecteurs le fondateur du promoteur, Xu Jiayin (Hui Ka Yan, en cantonnais), un ancien métallo, qui détient toujours 71 % de son groupe. Sa fortune a atteint les 45 milliards de dollars (38,4 milliards d’euros) en 2017, faisant de lui l’homme le plus riche de Chine, cette année-là. Il a étendu les activités de son groupe à l’eau en bouteille, au tourisme, à l’assurance, à la finance, à l’élevage, au football, avec le meilleur club de Chine, Guangzhou Evergrande. En 2019, Xu Jiayin a aussi investi 20 milliards d’euros pour fabriquer des véhicules électriques. Aujourd’hui, le groupe, qui compte 200 000 employés, cherche à se délester de ses filiales pour améliorer son bilan.

  • La crainte d’une bulle immobilière…

Derrière Evergrande, c’est la santé du marché immobilier chinois qui inquiète. Depuis vingt ans, les prix n’ont cessé d’augmenter, une hausse savamment entretenue par les autorités locales, qui se financent largement sur la vente de terrains. Pourtant, cette bulle n’éclate pas. « Même si l’endettement augmente, les foyers chinois ont encore plus d’épargne que de dettes. Comme il y a peu d’occasions d’investissements, l’essentiel de l’épargne va dans l’immobilier, explique Alicia Garcia Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique chez Natixis. Au départ, il y avait trop de demande. Aujourd’hui, il y a trop d’offre. Les prix ne s’effondrent pas parce qu’il reste une demande captive et parce que les autorités interviennent régulièrement avec des mesures ciblées. Mais, depuis 2015 au moins, les revenus disponibles ne peuvent pas suivre la hausse des prix. » Dans les plus grandes villes chinoises, il faut plus de vingt-cinq ans du salaire moyen pour acheter un appartement et treize ans, en moyenne, dans tout le pays, d’après des chiffres de 2019.

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