Expérience immersive, objets parlants… Les musées innovent pour attirer de nouveaux publics

Vue de la salle « La Forêt tropicale, de haut en bas » dans le cadre de l’exposition « L’Odyssée sensorielle », au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, le 19 octobre 2021.

Une immense lune blanche se reflète sur le sol, troublée par ce qui ressemble à des ronds dans l’eau. Aux abords, des mouvements furtifs rythment l’obscurité, dans un bruit de feuilles froissées. Une odeur de terre humide mais aussi de fauve remplit peu à peu l’espace. Soudain, le rugissement d’un léopard troue la nuit… En quelques secondes, nous voici transportés dans la savane africaine, au bord d’un point d’eau de la vallée du Rift (Kenya), où babouins, mangoustes et antilopes viennent s’abreuver le jour tombé.

Etonnante, cette scène est l’un des points forts de « L’Odyssée sensorielle », la nouvelle exposition du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN). Conçue pour rapprocher le public de la nature, cette « expérience immersive » a demandé cinq ans de préparation aux scientifiques du musée et au studio Sensory Odyssey, qui a tourné des images en haute définition à travers la planète et reconstitué une vingtaine d’effluves pour l’exposition. Mais le résultat est saisissant : d’une salle à l’autre, le visiteur a l’impression de danser avec des cachalots, de butiner avec une abeille ou encore de voler avec des flamants roses.

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Innover, innover, innover… C’est aujourd’hui devenu une obsession pour les responsables de musées et de monuments : comment réussir à attirer de nouveaux publics, alors que l’âge moyen des visiteurs ne cesse d’augmenter et que les catégories sociales les moins favorisées se détournent des lieux de patrimoine. « Un musée a une mission de conservation des œuvres. Mais il doit aujourd’hui parler aux jeunes, être plus accueillant, plus collaboratif. Les publics doivent être au cœur de nos préoccupations », reconnaît Vincent Campredon, directeur du Musée national de la marine, à Paris.

En 2018, 44 % des Français disaient avoir visité un musée, un monument ou une exposition, à peine mieux qu’en 1973 (41 %)

Selon l’étude sur les pratiques culturelles des Français, menée tous les dix ans par le ministère de la culture et dont la dernière version a été publiée en 2020, la fréquentation des lieux de patrimoine a très peu progressé ces quarante dernières années. En 2018, 44 % des Français disaient avoir visité un musée, un monument ou une exposition, à peine mieux qu’en 1973 (41 %).

Plus inquiétant, la moyenne d’âge des visiteurs augmente étude après étude. Entre 1973 et 2018, le pourcentage de 15-28 ans fréquentant les sites patrimoniaux est passé de 51 % à 47 %, tandis que celui des 53-64 ans a progressé de 35 % à 47 %. Pis, le fossé s’est creusé entre les catégories sociales : en 2018, seulement 32 % des ouvriers et des employés se sont rendus dans un musée ou un monument, contre 44 % en 1973. Dans le même temps, la fréquentation des cadres est passée de 69 % à 80 %.

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