Exposition : à Ajaccio, la seconde vie de l’Empereur

« Apothéose de Napoléon Ier » (vers 1853), esquisse de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).

Un bicorne en feutre porté par l’Empereur en personne, autant dire plein de son âme et de son ADN. Un petit bout du cercueil de Napoléon monté tel le reliquaire d’un saint dans un écrin égyptien par le prince de Joinville, délégué par son père Louis-Philippe pour superviser l’opération « retour des cendres », en 1840. Une monumentale tête de bronze expédiée naguère en Corse et retrouvée par hasard dans un placard de Mezzavia, la zone commerciale d’Ajaccio. Voilà quelques-uns des objets insolites que l’on peut trouver au Palais Fesch, qui célèbre, depuis le 2 juillet et jusqu’au 4 octobre, le bicentenaire de la mort de Bonaparte avec une exposition consacrée à la légende napoléonienne.

Comment Napoléon est-il devenu le Français le plus connu du monde ? Le charmant Musée des beaux-arts d’Ajaccio (qui offre une des plus belles collections françaises de peintures italiennes – Titien, Botticelli, Véronèse), l’explique avec des films, affiches, gravures, tableaux et sculptures. « Napoléon a fabriqué du Napoléon à toutes les époques et pour tous les goûts, du merchandising populaire aux plus grandes œuvres d’art » (parfois méconnues, comme son buste en plâtre par Rodin, prêté par le musée parisien), résume le responsable des collections napoléoniennes du Palais Fesch, Philippe Perfettini.

Lire aussi : Pour le bicentenaire de la mort de Napoléon, beaucoup de parutions, peu de regards neufs sur l’homme, son œuvre et son époque

« C’est fini ! », a sous-titré Oscar Rex en peignant son Napoléon à Sainte-Hélène, un prêt du château de Malmaison (Hauts-de-Seine), partenaire de l’exposition. C’est en réalité le contraire. Le culte s’épanouit à la mort de l’Empereur. Si la propagande démarre en 1796 – le général Bonaparte fait éditer Le Courrier de l’armée d’Italie puis dicte ses mémoires militaires à Las Cases, travaillant de son vivant à forger sa propre statue, rappellent deux petits tableaux anonymes –, elle prend son envol en 1821 et s’affermit sous la Restauration, qui y voit un moyen de rallier à sa cause les nostalgiques de l’Empire. Et profite de l’éclosion du romantisme pour emballer au-delà du « petit peuple » musiciens, peintres, cinéastes et écrivains. Napoléon devient alors « plus qu’un fantôme et presqu’un Dieu », a écrit Victor Hugo, un des héros de l’exposition, en 1840.

« Nous avons commencé à travailler sur cet anniversaire il y a quatre ans, cela nous a permis d’obtenir ces prêts prestigieux », explique Philippe Costamagna, directeur du musée, qui a veillé sur l’exposition avec la commissaire Maria Teresa Caracciolo. Dans les salles tendues d’un vert cru dit « soieries Empire », les bottes crottées du Napoléon à Fontainebleau peint en 1840 par Paul Delaroche, sorte de Joconde du Musée de l’armée à Paris, semblent à peine sorties de la boue dans laquelle ses maréchaux pataugent durant la campagne de France : le tableau de Meissonier du même nom, prêté par le Musée d’Orsay, est d’ailleurs accroché à quelques mètres de là.

Il vous reste 47.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.