Exposition : à Paris, l’épineuse question du beau et du laid

« Le Louvre, le Pont-Neuf et le collège des Quatre-Nations vus du pont Royal » (1755), de Nicolas Raguenet.

Premier adjoint à la Mairie de Paris chargé de l’urbanisme, Emmanuel Grégoire lançait, en novembre 2020, un « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne ». Six mois plus tard, alors qu’il s’apprêtait à dévoiler les premières mesures du « plan d’embellissement » censé en incarner l’esprit, le Pavillon de l’Arsenal lui fournissait un socle théorique sur lequel s’appuyer. L’exposition « La Beauté d’une ville », qui s’y tient jusqu’au 26 septembre, se présente en effet comme une tentative d’historicisation de la question de l’esthétique parisienne, des polémiques et des débats qu’elle suscite chaque fois que de nouveaux usages, de nouveaux besoins interfèrent avec le tissu urbain existant.

Du moins est-ce ainsi que l’histoire nous est racontée. La première image est frappante. C’est une peinture de Nicolas Raguenet (présentée sous forme de fac-similés), datée de 1755. Elle montre un tronçon parisien de la Seine, bordée d’un côté par le Louvre, de l’autre par le collège des Quatre-Nations (futur Institut de France), engorgé par un fatras d’embarcations en bois. Le cartel nous apprend que ces bateaux, qui sur le tableau donnent à la ville de faux airs de Venise, servaient des activités de commerce fluvial, et notamment de blanchisserie. Ils faisaient partie du paysage parisien, comme les maisons qui s’élevaient à la même époque sur certains ponts. Considérant qu’ils entravaient la perspective du fleuve et le rayonnement des palais de la capitale, l’administration royale a voulu les voir disparaître. A la veille de la Révolution française, la mairie les a fait repeindre en rouge et bleu.

Sur de grands écrans qui ponctuent le parcours, des vidéos diffusent des interviews d’architectes, d’urbanistes, d’historiens, de sociologues

Paris est un corps vivant, éminemment politique. Ses mutations ont toujours suscité des débats passionnés. En 1736, Voltaire se désole de la vétusté de son centre et de son insalubrité. Un siècle plus tard, Victor Hugo s’insurge contre les travaux d’Haussmann et la disparition du vieux Paris. Les polémiques se succèdent, éphémères souvent, mais potentiellement inflammables.

A l’heure où la maire de Paris, Anne Hidalgo, peaufine son image de présidentiable et où ses équipes planchent sur un nouveau plan d’urbanisme – le premier à prendre en compte la question environnementale –, les controverses repartent de plus belle, le hashtag #saccageparis ayant donné de l’écho, ces derniers mois, sur Twitter, à une campagne de dénigrement particulièrement virulente de la politique municipale.

Il vous reste 49.71% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.