Exposition : le bestiaire fantastique du château d’Oiron

A l’arrière-plan, « Les Ecoliers d’Oiron » (1993-2000), de Christian Boltanski, Collection Cnap. Au premier plan, à gauche, « Le Solitaire » ( 2010), de Théo Mercier ; à droite, « La petite danseuse » (2013 ), de Gilles Barbier.

Le château d’Oiron est de pur apparat, tant par son architecture, qui réussit à faire oublier la platitude du paysage environnant, que par les splendeurs de son intérieur. Son histoire l’explique. Sans la moindre fonction militaire, il affirme la puissance politique, diplomatique et financière de la famille Gouffier. Sa construction commence avec Artus Ier Gouffier de Boissy (1475-1519), fait grand maître de France en 1515 aussitôt après l’avènement de François Ier, dont il a été le gouverneur et qu’il accompagne à Marignan. Elle est poursuivie par ses héritiers, dont Claude Gouffier, grand écuyer de François Ier puis d’Henri II, qui commande une galerie peinte sur le modèle de celle de Fontainebleau. Les fresques y racontent en 14 panneaux la guerre de Troie. Sa collection de tableaux, l’une des plus vastes du royaume, a pour chef-d’œuvre le Saint Jean-Baptiste de Raphaël, aujourd’hui au Louvre.

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Bien que le château soit pillé deux fois, en 1568 et 1569 par les huguenots, les inventaires dressés au siècle suivant enregistrent des centaines d’œuvres. Entre 1620 et 1642, le petit-fils de Claude, Louis, ajoute le pavillon du Roi et commande d’abondants décors pour les murs et les plafonds. D’autres embellissements sont réalisés à la fin du siècle par le duc de La Feuillade avant que, en 1700, Mme de Montespan, favorite de Louis XIV, achète Oiron pour son fils, le duc d’Antin. A défaut d’être une demeure royale, Oiron est ainsi une résidence hautement aristocratique, tatouée de symboles héraldiques et saturée de références mythologiques.

On ne précise pas ces points par souci d’érudition, mais parce qu’ils comptent pour partie dans la réussite de l’exposition qui l’occupe cet été, nommée « Grand Bazar », avec une désinvolture dandy. Elle est à sa place en ce lieu, parce que nombre des œuvres qui la composent s’entendent parfaitement avec les décors des XVIe et XVIIe siècles qui ont été restaurés depuis les années 1980. Cette concordance ne surprend qu’à demi, puisque l’auteur de « Grand Bazar » est le conservateur et historien d’art Jean-Hubert Martin. Or celui-ci connaît le château par cœur, pour en avoir été le directeur artistique de 1991 à 1994. Dans ces années, il y avait commencé la collection « Curios & Mirabilia » d’œuvres d’artistes actuels, nombre d’entre elles évoquant de façon visible ou indirecte les cabinets de curiosités de la Renaissance, celles d’Anne et Patrick Poirier, Daniel Spoerri ou Pascal Convert par exemple.

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