Exposition « Le Corps et l’Ame » au Louvre : « On ne fait pas les anges de la même façon à Florence et à Bergame »

« Bacchus et Ariane » par Tullio Lombardo. Marbre, vers 1505‐1510.

La solidarité des gens de musées révélée par la pandémie, notamment en matière de prêts, a permis de prolonger de six mois une des expositions les plus originales présentées par le Louvre depuis longtemps : avec 140 œuvres, « Le Corps et l’Ame, sculptures italiennes de la Renaissance » fermera cependant le 21 juin, avant d’être présentée à Milan. Il faut y courir. Entretien avec Marc Bormand, un des trois commissaires, avec Beatrice Paolozzi Strozzi (Florence) et Francesca Tasso (Milan).

Comment avez-vous imaginé cette exposition ?

En 2013, nous avions présenté au Louvre et au Palazzo Strozzi de Florence une exposition intitulée « Le Printemps de la Renaissance », qui montrait le rôle d’avant-garde des sculpteurs dans l’élaboration d’une nouvelle vision, entre 1400 et 1460. Celle-ci en est la suite chronologique, de 1460 à 1520, enfin, 1541, car il eût été dommage de ne pas y montrer les Esclaves, de Michel-Ange, qui sont au Louvre. Le style élaboré auparavant a atteint sa maturité et se diffuse hors de Florence, où tout a commencé. Depuis la Toscane, il gagne l’Emilie-Romagne, la Vénétie, la Lombardie et Rome, bien sûr, qui, sous l’impulsion des papes, va devenir autour de 1500 le grand lieu où cet art s’épanouit, jusqu’à la mise en place de ce qu’on nomme le « clacissisme ». C’est la Renaissance à son apogée.

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Quel a été votre critère de choix dans une production immense ?

Notre souci, c’était de parvenir à montrer cette richesse, cette diversité, sans perdre le public. Nous nous sommes simplement basés sur l’idée désormais classique que la Renaissance, c’est la remise en place de l’homme au centre du monde. Comment les sculpteurs mettaient en œuvre la représentation de la figure humaine, tant sur le plan physique – l’homme en mouvement, les musculatures – que sur la manière dont ils tentaient d’en donner une représentation morale, en montrant les sentiments, les passions et la Passion…

Ce que vous nommez l’âme ?

Oui. Nous avons ainsi la chance d’avoir deux chefs-d’œuvre de Donatello, deux bronzes, une Crucifixion qui est un monde de figures angoissées, criantes, pleurantes, et une Lamentation sur le corps du Christ ; une œuvre tardive dans la carrière de l’artiste, où il fait preuve d’une expressivité exacerbée et où il n’hésite pas à jouer des effets de l’inachevé.

La Renaissance, c’est aussi la redécouverte de l’Antiquité ?

Ils ont sous les yeux des exemples de sculptures de l’Antiquité romaine et cherchent à l’égaler. Mais ils ne se tiennent pas à la copie : ils rajoutent souvent un caractère naturel, de la vie. C’est très perceptible dans l’œuvre que l’on a choisie pour faire l’affiche de l’exposition, le Bacchus et Ariane, de Tullio Lombardo, qui est la reprise d’un sujet antique, mais humanisé au point qu’on s’est demandé s’il ne s’agissait pas de portraits. Des portraits auxquels on aurait tenté de conférer l’éternité tout en représentant clairement le sentiment amoureux. C’est une œuvre saisissante, par la force qu’elle dégage et l’émotion qu’elle provoque. Encore aujourd’hui !

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